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Accord sur le climat : Trump face à une hypocrisie mondiale caractérisée

Référence de l'article : DC6156
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écrit par Patrick AULNAS,Agrégé en économie, DES de Droit Public,(6 Juin 2017)

On est assez gênés par les gesticulations pitoyables de la classe politique française après le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Il s’agit d’un non événement, mais nos politiciens doivent jouer le jeu de la dramatisation climatique pour mettre en évidence la colossale réussite française que représente ce fameux accord.

L’ACCORD DE PARIS, UN ENGAGEMENT PUREMENT MORAL

Comme chacun le sait, cet « accord historique » n’est qu’une déclaration d’intentions ne comportant aucun engagement juridique effectif. Selon l’article 2, le réchauffement climatique devra être contenu « bien en deçà de 2°C » par rapport à l’ère préindustrielle. Pour atteindre cet objectif, les émissions de gaz à effet de serre devront atteindre « un pic aussi rapidement que possible ». Tous les cinq ans, un bilan sera effectué.
 
Les pays pauvres redoutant de retarder leur développement économique, il a été convenu qu’il serait tenu compte des « circonstances nationales différentes » pour apprécier les progrès. Les 100 milliards de dollars promis aux pays pauvres ne figurent pas dans l’accord proprement dit, mais dans une annexe.
Autrement dit, il s’agit d’un engagement moral de mieux faire, rien de plus.

L’HONNÊTETÉ DE TRUMP

Dans ce contexte, le retrait des États-Unis représente l’honnêteté et les hauts cris des politiciens français, de droite comme de gauche, un exemple historique d’hypocrisie. Trump avait en effet annoncé la couleur au cours de sa campagne électorale. Il était opposé à tout ce galimatias de bonnes intentions. Il a eu le courage de mettre fin au mensonge que constituent des promesses qui, de toute évidence, ne seront pas tenues. Et il fallait un certain courage pour affronter les gourous de l’écologisme mondial qui ont fait beaucoup d’émules parmi les politiciens.

LA RÉALITÉ ÉCONOMIQUE RÉSISTE

Évidemment, le retrait américain gêne tous les adeptes de la nouvelle religion. Les adorateurs de Gaïa n’ont que le levier politico-éthique pour agir. Ils ont réussi à circonvenir un certain nombre de scientifiques et font désormais étalage des « conclusions scientifiques » sur le réchauffement climatique dans tous les médias.

Ils sont également parvenus à imposer de multiples normes concernant les produits industriels (automobiles, appareils de chauffage, appareils électroménagers, etc.) par une propagande moralisatrice à laquelle l’opinion publique occidentale a été sensible. Les politiciens ont donc suivi par électoralisme. Mais la réalité économique leur résiste. Lorsqu’il s’agit de fabriquer, de créer une entreprise, d’innover, de trouver des salariés compétents, de se déplacer sur notre petite planète, les contraintes du réel l’emportent sur les bonnes résolutions idéologiques.

LES BONS ET LES MÉCHANTS

Il en résulte qu’obliger les États à s’engager moralement a une grande importance pour les idéologues de l’écologisme militant. Même si les engagements de l’accord de Paris restent flous, il sera possible à l’avenir de stigmatiser publiquement les pécheurs.

Par exemple, dans cinq ans, un premier bilan permettra de trier le bon grain de l’ivraie : les bons seront les pays ayant progressé (réduit leurs émissions) et les mauvais tous les autres. La propagande pourra ainsi se poursuivre sur les bases statistiques donnant un semblant de scientificité aux idéologues.

UNE MÉTHODE ÉPROUVÉE

Cette méthode éprouvée a déjà été utilisée récemment avec les constructeurs automobiles. Des normes très ambitieuses ayant été adoptées au niveau européen pour les rejets de particules des moteurs diesels, il était impossible pour les constructeurs de maintenir les performances des véhicules tout en respectant la norme. Ils ont donc utilisé des subterfuges techniques pour contourner le problème.
 
Après des contrôles, Volkswagen (et d’autres) ont pu être dénoncés comme fraudeurs et stigmatisés sur tous les médias planétaires. Ceux qui savent construire des voitures confortables et rapides appartiennent ainsi au camp du mal. Ceux qui se contentent de rédiger quelques pages de normes techniques et de les faire avaliser par le conseil européen siègent dans le camp du bien.
Avec l’accord de Paris, l’enjeu était beaucoup plus important. Il s’agissait de permettre au clergé écologiste de classer les États eux-mêmes du côté du diable ou du côté du bon Dieu. On comprend la déception des dévots qui n’auront plus la suprême jouissance de faire des États-Unis le grand Satan.

PUISSANCE IDÉOLOGIQUE DE L’ÉCOLOGISME

La puissance de l’écologisme résulte ainsi de sa capacité à synthétiser une dimension religieuse, une dimension idéologique et une dimension scientifique. L’aspect religieux réside dans le manichéisme : le bien écologique s’oppose au mal industriel. L’aspect idéologique consiste à théoriser la société future, puis à chercher à la construire par l’influence politique.

Cette société aura une caractéristique dominante : la science, la technique et l’économie seront entièrement déterminées par le politique (lois, normes, fiscalité, etc.). En général, les individus n’ayant pas perdu toute capacité de réflexion qualifient de dictature un tel régime politique. Mais la capacité de réflexion recule…

La science elle-même vient au secours de l’écologisme car elle lui fournit de multiples observations dans de très nombreux domaines. Il suffit de choisir les observations les plus significatives et de les compiler conformément à un résultat imposé idéologiquement pour obtenir les rapports du GIEC.
 
Trump, le rustre bien connu, n’a pas respecté le subtil agencement juridico-politico-éthique de l’écologisme militant. S’il ne s’agissait que de Trump, nos idéologues ne s’alarmeraient pas. Mais il s’agit de la première puissance économique mondiale. L’économie aurait-elle l’audace de relativiser le dogme écologiste ?

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2017/06/04/291198-trump-face-a-lhypocrisie 
 
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Supplément à l'article de M.Patrick AULNAS, par la rédaction:


Dans le concert de critiques très hypocrites sur la décision de retrait de l’Accord de Paris, la palme d’or revient sans contestation possible à John Kerry, juste devant les déclarations de responsables politiques de Chine, d’Arabie saoudite et d’Inde.

Voici en effet un extrait de l’article [1] de Nik  Decosta- Klipa, sur Boston.com, citant John KERRY, l’ancien Secrétaire d’Etat des USA (2013-2017) :

« John Kerry unfurled an evocative analogy Sunday, speaking about President Donald Trump’s decision to withdraw the United States from the Paris Agreement on climate change.
“When Donald Trump says to the world, ‘Well, we’re going to negotiate a better deal,’ — I mean, you know, he’s going to go out and find a better deal? That’s like O.J. Simpson saying he’s going to go out and find the real killer. Everybody knows he isn’t going to do that, because he doesn’t believe in it,” the former secretary of state and Massachusetts senator, who helped negotiate the 2015 accord, told NBC’s Meet the Press.

“If [Trump] did believe in it, he wouldn’t have pulled out of Paris,” Kerry added. “America has unilaterally ceded global leadership on this issue, which for years, even Republican presidents — George H.W. Bush — pushed in this direction.”
 
Diable ! Après une actrice présentant sur CNN la tête décapitée, encore sanguinolente, de Donald Trump, voilà que l’ancien Secrétaire d’Etat compare Trump à quelqu’un soupçonné d’avoir assassiné son épouse et un ami de trente coups de couteau….[3]
 
Or, qui est John Kerry ? C’est celui qui a… torpillé, du temps de la présidence d’Obama, par avance, les Accords de Paris en annonçant, le 11 novembre 2015, trois semaines avant l’ouverture de la COP 21, que les Etats-Unis ne signeraient AUCUN Accord contraignant.
 
De même, pendant les négociations de la Cop 21, l’Arabie saoudite et le Venezuela ont fait comprendre que jamais ils ne renonceraient au pétrole ; quant à l’Inde, elle avait souligné que jamais elle ne renoncerait au charbon.
 
C’est pour cela que l’engagement de verser 100 milliards de USD a été mis en annexe, plusieurs cabinets d’avocats défendant l’idée qu’une annexe ne peut être contraignante. Voici ce qu’écrivait, notamment, Daniel Richecourt le 13 décembre 2015 [2], lendemain de la clôture de la Cop 21 :
 
« L’accord approuvé le samedi 12 décembre 2015 correspond au plus petit dénominateur commun qu’il était possible de trouver lorsque l’on négocie avec 195 Etats (194 + l’Union européenne). Les engagements sont donc faibles, et, comme l’a bien résumé un observateur : « C’est une victoire diplomatique, (d’arriver à mettre d’accord autant d’Etats souverains-NDLR), mais c’est un échec climatique (aucun objectif significatif n’est « contraignant », autrement plusieurs Pays ne l’auraient pas approuvé-NDLR). En effet, il faut bien se rappeler que la COP21 avait été « torpillée » dès le 11 Novembre 2015 par les Etats-Unis, lorsque, par la voix de John KERRY, ils avaient annoncé dans un entretien au FT qu’ils ne signeraient aucun accord « contraignant ». Bref, dès le 11 novembre, lorsqu’un Etat pesant environ 30% des émissions de GES à lui tout seul s’oppose à ce que satisfaire aux futurs objectifs soit obligatoire, toutes les parties prenantes se doutaient bien que le contenu contraignant serait « faible ». Ceci dit, au moins les USA avaient été transparents et honnêtes en ne cachant pas leur volonté dès le départ, car d’autres Pays, comme le Vénézuela ou l’Arabie Saoudite, ont fait savoir pendant la COP21 qu’ils s’opposeraient à tout objectif de non exploitation future du pétrole, même à horizon très lointain, que l’Inde aurait fait de même s’agissant du charbon, et que beaucoup de Pays se sont opposés à ce que soit établi un prix, donc un coût, à la tonne de carbone émise. Dès le départ, sans réel outil pour arbitrer les productions d’énergie entre elles, il était donc clair que la montagne diplomatique accoucherait d’une souris climatique ».
 
Pour conclure, se retirer d’un accord non contraignant est un non événement économique ou financier, et la décision de Trump s’apparente à une simple décision de « politique politicienne » tournée vers ceux qui l’ont élu, car c’était un engagement de campagne.
 
Par ailleurs, Trump s’en ira au plus tard d’ici 3 ans, et, à l’échelle d’un projet qui court sur un siècle, et pour lequel un point d’avancement sera effectué tous les 5 ans, tout futur Président des USA pourra refaire adhérer les Etats-Unis. Rendez-vous donc en 2023.
 
En résumé, les Pays qui sont sincèrement POUR l'Accord de Paris, ce sont ceux qui ne produisent ni charbon, ni pétrole, ni gaz. Ils sont peu nombreux.

Quant à ceux qui en produisent, ils ne sont pas pressés...






[1] voici le lien vers l’article du Boston.com :
 
https://www.boston.com/news/politics/2017/06/04/john-kerry-made-an-o-j-simpson-analogy-for-trumps-decision-to-pull-out-of-the-paris-climate-agreement
 
 
[2] voici le lien vers l’article intégral de Daniel Richecourt, qui avait fait l’effort de résumer les 32 pages de l’Accord de Paris en 40 lignes :
 
http://www.lasyntheseonline.fr/developpt_durable/changement_climatique/cop21_texte_integral_un_resume_commente_de_40_lignes,31,5029.html
 
[3] voici le lien vers l’affaire O.J. Simpson :
https://fr.wikipedia.org/wiki/O._J._Simpson
 

(Mis en ligne le 6 Juin 2017 à 8h45, puis une coquille corrigée à 12h21 (2015 au lieu de 2016)
 

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