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Vaste lâcher de colombes, de Tokyo à New York

Référence de l'article : CP5599
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écrit par Rémy COVAREL,(25 Septembre 2016)

Lundi, nous n’étions plus qu’à cinquante jours de l’élection présidentielle américaine !
Mardi, le nouveau gouverneur de la banque centrale d’Australie (RBA), Philip Lowe, s’est montré plutôt optimiste sur le rebond de l’économie wallabie. Cependant, la RBA tout en laissant son taux directeur inchangé et historiquement bas à 1,5 %, a indiqué qu’il était « possible » d’envisager une nouvelle baisse de celui-ci si l’inflation ou le marché de l’emploi ne décollait pas plus avant. Un peu faucon, mais beaucoup colombe.

Mercredi, la Banque du Japon (BOJ) a maintenu son taux directeur inchangé (-0.10%) Toujours déterminée à ramener coute que coute l’inflation à 2% (alors qu’elle reste négative à -0.4% !), elle a pris acte de trois ans de vains efforts matérialisés par des dizaines de milliards d’USD d’achats de titres,  ayant plombé les taux de rendement des obligations long terme et écorné les  pensions, l’épargne des ménages et la rentabilité du secteur financier. Pour éviter de continuer dans cette voie qui pourrait déboucher sur une aberration (le fait que la BOJ détienne un jour toute la dette japonaise), elle a changé d’objectif. Maintenant, elle souhaite maintenir le taux à 10 ans autour de 0%. Elle se réserve donc le droit d’acheter ou vendre des obligations pour arriver à ses fins. C’est à la fois plus directif, mais aussi plus flexible, car elle n’est plus auto-emprisonnée par un quota pré-annoncé d’achat mensuel  et se rend moins immédiatement lisible aux yeux des investisseurs. La colombe avance toujours, mais peut-être un peu plus masquée.

Jeudi, la Réserve Fédérale (FED), colombe en chef du monde occidental, par la voix de sa présidence de Janet Yellen, a repoussé à peut-être fin décembre une hausse de son taux directeur indiquant que « pour le moment », même si les risques de déraillement de l’économie américaine ou de bulles spéculatives sont « modérés », elle préférait attendre encore. Mais cela grogne de plus en plus autour de la table du FOMC et trois gouverneurs, clairement en désaccord, jouent les faucons…

En attendant, une comparaison du fameux « dot chart », trimestriellement publié par la FED, et qui matérialise ce que chaque membre du FOMC pense que sera le niveau futur des taux directeur (fin 2016, 2017, 2018, 2019 et à plus long terme) montre que selon la majorité d’entre eux la hausse des taux devrait être encore plus lente qu’ils ne le projetaient en juin dernier (les rectangles bleus sont plus bas que les rectangles rouges). Les colombes ont encore de beaux jours devant elles.



(source : www.federalreserve.gov)

Vendredi, c’est déjà la fin de semaine et comme si Janet avait tout prévu, les indicateurs économiques publiés aux États-Unis (leading economic indicators  pour aout, vente dans l’immobilier ancien et inscriptions au chômage) offrent un cocktail relativement neutre qui incite les investisseurs à réduire la voilure, empocher une partie des profits boursiers de la semaine qui a été verte sur tous les marchés (banques centrales accommodantes obligent) et prendre leur envol pour filer en week-end.

Les colombes sont encore largement à la manœuvre et pour un moment encore, l’inflation ayant du mal à repartir et la croissance mondiale diminuant. Leur politique très accommodante, à base de taux d’intérêt extra-bas, voire négatifs, et de création monétaire massive, influe directement sur les monnaies, que l’on achète ou vend en grande partie à cause du taux de rémunération qu’elles offrent. Les colombes peuvent-elles se crasher en plein vol ? En tout cas, certains effets contraires se font  jour.

Devises des pays matures

Les actions et propos accommodants des principales banques centrales ont eu un effet bénéfique sur la majorité des marchés Actions et obligataires.Toutes les courbes baissent ou stagnent à des plus bas annuels, un rapide coup d’œil sur le tableau des volatilités vous le confirmera, sauf le cas spécifique de la livre sterling (GBP). Celle-ci a pris un petit coup de froid, suite aux propos de Boris Johnson qui confirmait le déclenchement de l’article 50 pour début 2017 et ajoutait qu’il ne faudrait pas nécessairement deux ans pour mener à bien le Brexit. Le GBPUSD a brièvement chuté sur les 1,2920 et l’EURGBP tutoyé les 0,8680, avant de corriger en fin de séance vendredi, tout en restant en nette baisse sur la semaine.



Le dollar américain (USD) a accueilli sans trop de surprise le verdict de septembre de la FED, cédant un peu de terrain contre toutes les autres monnaies des pays matures, dans des proportions très  raisonnables contre EUR, CHF et CAD, mais de façon un peu plus marquée contre le NOK, l’AUD et le JPY.

La couronne norvégienne (NOK) et le dollar australien (AUD) bénéficient à la fois de la légère érosion de l’USD, mais aussi d’un renchérissement global des prix des matières premières sur la semaine de 3% à 4 %, que ce soit sur le pétrole ou les métaux de base et précieux.

Reste le cas du yen (JPY). Comment faut-il lire le fait que le JPY gagne 1,2 % sur la semaine contre USD, faisant chuter l’USDJPY de 102,29 à 101,03 au lieu du contraire ? Rappelons d’ailleurs que depuis le début de l’année le JPY est le meilleur performeur contre USD avec une hausse à ce jour de 19 %. Un comble alors que la colombe BOJ s’escrime à faire baisser sa valeur de rémunération (taux directeur) et injecte des liquidités dans le circuit à tour de bras…

Elle a de plus clairement indiqué qu’elle pratiquerait une politique d’expansion monétaire jusqu’à ce que l’inflation redevienne stable au-dessus de 2 % (et pas uniquement qu’elle revienne toucher le niveau de 2 %). Mais c’est la nouvelle mesure de ciblage du niveau de la courbe de taux à 10 ans qui fait débat. Si un choc externe venait à faire encore plus baisser l’inflation, et que la BOJ doive à nouveau baisser son taux directeur, l’ancrage à un niveau prédéfini du taux 10 ans se révélerait contre-productive. Et puis cela fait des années que cela ne marche pas et comme en plus cette année, contrairement à la période fin 2012 – fin 2015 le Nikkei marque le pas, les investisseurs ne parient plus sur une baisse agressive du JPY, mais parfois même sur le contraire. La colombe semble de plus en plus voler face au vent.



(Source: Bloomberg)

Devises des pays en développement

Sans surprise, les grandes devises émergentes adorent quand les banquiers centraux occidentaux sont en mode colombe et, pour une grande partie d’entre elles, que les prix de matières premières remontent. Sans surprise non plus, les investisseurs ont pu continuer de façon (relativement) sélective à acheter ces monnaies à terme pour encaisser le différentiel de taux d’intérêt favorable par rapport aux devises du G10 (les fameux « carry trades »).



Voilà donc pourquoi certaines devises qui étaient vouées aux gémonies l’an dernier enregistrent de superbes performances cette année, mélange de correction technique bien normal et de nouvel engouement des investisseurs. Depuis janvier, le trio de tête est composé du real brésilien (BRL) qui s’adjuge encore 1,01% contre USD cette semaine, du rouble (RUB) qui progresse de 1,96 % et du rand sud-africain (ZAR) qui engrange 3,3% sur la semaine.

Le mouvement n’est pas linéaire, il peut y avoir des soubresauts et pour cause,  puisque les perspectives économiques pour fin 2016 et 2017 pour ces pays sont loin d’être mirobolantes, mais l’attrait du rendement est pour l’instant le plus fort, pressurés qu’il est à l’autre bout du spectre par le développement des taux négatifs et la continuation des politiques accommodantes dans les principales économies développées de la planète. Comme toujours, c’est à manier avec précaution, le timing d’entrée est extrêmement important et, en cas de vent contraire, la loi du LIFO s’appliquera sans partage (Last In – First Out).


(Source: Bloomberg)


La semaine n’a rien apporté de majeur sur les autres monnaies. Soulignons néanmoins que le peso mexicain (MXN) est toujours sévèrement « Trumpétisé » (cf. article semaine dernière) même si l’USDMXN a réussi à rejeter le plafond symbolique des 20,00 pour la deuxième semaine consécutive.

Enfin, sur fond d’inflation se modérant, la banque centrale turque est allée dans le sens du pouvoir politique en assouplissant à nouveau son taux directeur de 25 points de base à 8,25%. Cela n’a pas empêché la livre turque (TRY) de gagner 0,89% sur la semaine contre USD. Néanmoins, après la clôture des marchés, Moody’s a dégradé la note d’émetteur obligataire et de la dette turque pour la mettre en catégorie « junk ».

Les marchés filent droit vers l’élection américaine du 8 novembre en mode « risk-on », bien servis par l’action des banques centrales. Rien à l’horizon ne semble devoir pour l’instant dérégler cette petite mécanique. Il y a pourtant nombre de braises qui ne demandent qu’à se rallumer, alors surfez la vague, volez avec les colombes, mais ne vous éloignez pas trop de la côte…
Bonne semaine.


 









(Mis en ligne le 25 Septembre 2016)
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