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Toujours plus d’interventions des banques centrales, entre pompiers et casino

Référence de l'article : CP4289
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écrit par Rémy COVAREL,(25 Janvier 2015),

Au Casino et plus précisément au Black Jack, ce  sont les joueurs qui espèrent faire sauter la banque. Quand celle-ci  dépasse 21, elle doit payer tous les  joueurs restants. En ce moment ce sont plutôt les  banques centrales  qui font sauter d’une part les tabous (taux d’intérêts négatifs,  quantitative easing), les niveaux relatifs entre les  monnaies et parfois même les  joueurs !
Les cambistes ont eu à peine le temps de se remettre de la volte-face historique et du monumental crash que la Banque Nationale  Suisse a infligé à l’EURCHF la semaine dernière, que d’autres sont passé à l’action, amplifiant la volatilité du marché des changes et affectant la liquidité. C’est tout de même un comble que ce soient les gendarmes des marchés qui lui infligent un tel traitement…
Cerise sur le gâteau, le Fonds Monétaire International (FMI) a révisé à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2015 et 2016 de 0,3 %. Dans sa note, l’Institut affirmé notamment que la baisse des prix du pétrole ne suffirait pas à elle seule à revigorer la croissance mondiale.

Devises des pays développés

Dans ce contexte, et malgré la perspective des élections parlementaires en Grèce qui se déroulent au moment où j’écris ces lignes, la banque centrale européenne (BCE) a fait « tapis », ou « all in » pour les anglicistes du poker. Comme anticipé par l’immense majorité des intervenants, comme à moitié révélé la veille dans la presse américaine, elle a misé jeudi plus de 1 000 milliards d’euros (60 milliards par mois jusqu’en septembre 2016) pour juguler la déflation et relancer l’économie. Le marché était tétanisé, la volatilité implicite pour 1 journée entre mercredi et jeudi valait plus de 30,00. Exprimé autrement, cela veut dire que les cambistes pariaient que l’EURUSD pourrait bouger d’au moins 150 points de base dans la journée à cause l’annonce…. Et ils ne furent pas déçus. Les mesures de la BCE ont légèrement dépassé le consensus de marché et l’EURUSD qui valait 1.1630 au moment de l’annonce du jeudi 22, a fini la journée sous les 1.1400, a plongé vendredi 23 jusqu’à un plus bas de 1.1115 pour remonter péniblement à 1.1204 en fin de journée.



Cela faisait depuis la semaine du 9 septembre 2011 que l’EURUSD n’avait pas connu une telle amplitude hebdomadaire (564 pips). Nous étions alors (déjà !) en pleine crise souveraine européenne, tempête boursière, la faillite de la Grèce n’était plus un tabou, le chef économique allemand de la BCE, Jurgen Stark, démissionnait « pour raisons personnelles » et Mario Draghi n’avait pas encore dit qu’il ferait « tout ce qu’il faudrait » (« whatever it takes ») pour sauver le soldat euro, cette phrase célèbre datant de fin juillet 2012.
Et où en sommes-nous deux ans et demi après…… ? Au moins l’EURUSD est bien plus bas, et même au plus bas depuis l’automne 2003. Les ressorts de son appréciation artificielle étant rompus (diversification des pétrodollars du Golfe, achats d’euros de la BNS), théoriquement, 1.1000, voire la parité, nous tendent les bras. Surtout si la Grèce continue d’affoler les investisseurs, car les Américains doivent de leur côté remonter dans les prochains mois le taux directeur de l’USD accroissant encore le différentiel de rémunération avec l’EUR. Nous en saurons un petit peu plus  lundi une fois que les urnes auront parlé en République hellénique.



Le franc Suisse (CHF) est encore dans tous ses états. La BNS, en pompier pyromane, a laissé des traces. Le marché a commencé de panser ses premières plaies, le meilleur indicateur étant la volatilité 1mois qui a reperdu plus de 10 volatilités sur la semaine et s’établit à 18,70. Mais cela reste hors norme par rapport à la volatilité moyenne des 10 dernières années qui est de 5,45. Tout le monde fait ses comptes (en silence tant qu’ils le peuvent), mais l’addition a été lourde, la manière brutale et contestable, l’expérience ratée et l’ardoise importante. On l’estime à plus d’une quarantaine de milliards de CHF pour la banque centrale, à quelques milliards pour les acteurs du marché et les mois à venir nous diront combien pour l’industrie suisse. En attendant, le CHF se cherche une nouvelle direction. Il a clôturé cette semaine à 0,9889. Mais les taux d’intérêt en Suisse sont négatifs jusqu’à une maturité de 13 ans. Qui donc va encore aller déposer son argent dans les coffres helvètes ? On pourrait donc voir dans les semaines qui viennent une partie de l’épargne s’en aller vers d’autres places fortes de la gestion d’actifs comme Singapour ou Hong Kong, pour ne citer qu’elles, et donc le CHF baisser. En attendant la liquidité reste extrêmement mauvaise sur le marché au comptant et sur les swaps.
La monnaie japonaise (JPY) n’était clairement pas la star de la semaine. L’USDJPY est resté pratiquement inchangé, en hausse d’un ridicule 0,10 %. Il faut attribuer cette performance, dans un contexte d’USD fort, à des arbitrages positifs en faveur du JPY notamment contre EUR et pourquoi pas aux propos volontaristes de la banque du Japon (BOJ) qui a indiqué cette semaine n’avoir rien changé à sa politique ultra accommodante et en attendre les premiers fruits et notamment un rebond de la croissance cette année. 116,50 – 119,50 semble un range assez neutre à court terme.
La livre sterling (GBP) essaie de passer entre les gouttes, mais s’est aussi érodé contre USD contre EUR. La publication du compte rendu de la dernière réunion de politique monétaire de la banque d’Angleterre (BOE) a révélé que les membres du MPC avaient voté à l’unanimité pour laisser le taux directeur inchangé. Cette unanimité repousse à plus loin aux yeux du marché une possible hausse de taux et est donc plutôt baissier GBP. On a tutoyé le plancher des 1,5000 en GBPUSD, par contre le plancher des 0,7500 en EURGBP, qui tenait depuis 2008, a été enfoncé en fin de semaine pour établir un plus bas de 0,7428 avant que des prises de bénéfice se fassent jour. Le marché devrait respirer un petit peu, si l’euro et les élections grecques lui en laissent le loisir.
Je vous en parlais déjà la semaine dernière, l’économie du Canada a mal au prix de son baril de pétrole. La banque centrale du Canada (BOC) a donc décidé de jouer les pompiers en baissant son taux directeur de 25 points de base à 0,75%. C’est une réponse classique de banquiers centraux, mais que la majorité des intervenants n’attendait pas, ou du moins pas aussi vite. L’effet corollaire et certainement escompté a été de faire sauter la devise canadienne (CAD) qui abandonne 3,4 % contre le dollar et ne se trouve plus qu’à quelques encablures du plafond des 1,2500 et a maintenant 1,3000 en ligne de mire.
Du coup, cela donne des idées à la presse économique australienne, qui urgent le gouverneur de la banque centrale (RBA) Glenn Stevens, de faire de même, le taux directeur de la RBA n’ayant pas baissé en Australie depuis août 2013, alors que les prix des matières premières chutent et que la croissance chinoise ralentit. Ces patients un besoin mais en tout cas la monnaie australienne a suivi son cousin canadien perdant elle aussi plus de 3,4 % contre USD franchissant à la baisse le solide palier qui était censé représenter 0,8000 en AUDUSD. Sur ces deux monnaies la volatilité est en hausse et risque de le rester
 

Devises des pays émergents

Encore une fois depuis le début de cette année, les devises des pays émergents enregistrent de moindres écarts hebdomadaires que les devises des pays du G10 et, même si elles sont bien sûr influencées par les politiques économiques et financières des banques centrales et notamment de la Fed,  ont, en ce moment, un comportement dissocié face aux turbulences des devises du G10.
La monnaie chinoise (CNY) a légèrement reculé contre USD pour terminer la semaine à une encablure de 6,2300 en USDCNY. Elle retrouve les niveaux vus le 29 décembre 2014 et le 2 janvier dernier, niveau qu’elle n’avait pas soutenir bien longtemps. C’est officiel, la croissance en Chine n’a été « que » de 7,3 % en 2014, dixit le bureau national des statistiques chinois, un plus bas de 24 ans, plus bas dont se contenterait nombre de pays développés. La banque centrale est intervenue dans le marché pour injecter 50 milliards de yuans (7 milliards d’Euros) de liquidités et renouveler 270 milliards de yuans (38 milliards d’euros) de facilités à trois mois. Cela n’avait pas été fait depuis un an et prépare certainement les demandes de retraits qui ne vont pas manquer d’augmenter à l’approche des fêtes de nouvel an chinois (19-25 février).
Les deux roupies (INR pour l’Inde et IDR pour l’Indonésie) continuent de bénéficier de la baisse des prix du pétrole. En Inde, par exemple, chaque baisse de un dollar du prix du baril équivaut à 2 milliards de dollars d’économies en année pleine. La bourse est déjà en hausse de 9 % depuis le début de l’année et tout ceci ramène les investisseurs à la table de ces deux pays. Ceci explique la bonne performance de ces deux monnaies et la baisse de volatilité implicite.
C’est un peu le même raisonnement qui préside à l’évolution du rand sud-africain (ZAR) depuis le début de l’année. 2014 fut la pire année depuis 2009 avec une croissance atone, mais la baisse du prix du baril la aussi injecte un peu d’oxygène, même si les manifestations à Soweto montrent que la situation reste quand même compliquée. L’USDZAR, qui avait fini l’année au plus haut à 11,8000, baisse graduellement depuis pour atterrir en douceur sur les 11,4000. Il peut continuer sur sa lancée jusque vers les 11,000 mais pour aller plus bas il faudra plus la bonne nouvelle exogène sur le pétrole.
Il pourrait en être aussi de même pour la Turquie, mais la livre turque (TRY) n’y arrive décidément pas et enregistre une deuxième semaine de baisse consécutive, perdant 1 % contre USD pour finir à 2,3500. Certes la baisse des prix du pétrole est là aussi une aide. Mais la Russie est le troisième partenaire commercial de la Turquie derrière l’Allemagne et la Chine. Son économie risque de se contracter d’environ 5 % en 2015 et de par la même peser sur son voisin turc. La BERD (banque européenne pour la reconstruction et le développement) a abaissé à 3 % la prévision de croissance en Turquie en 2015 contre 3,2% et dit que même ce chiffre est soumis à des aléas.
Une fois n’est pas coutume, malgré une sombre année 2015 en prévision et de nouveaux bruits de botte en Ukraine, le rouble (RUB) signe sa meilleure performance depuis trois semaines en regagnant 2 % contre dollar. A 63,8334 l’USDRUB reste tout de même un niveau extrêmement élevé, puisqu’il est 30 % plus cher que sa moyenne mobile des 100 derniers jours (48,9710).
Baisse de la confiance des entrepreneurs, déficit des comptes courants record, croissance 2015 attendu presque nulle, inflation persistante, il n’y a peu d’occasions pour Dilma Rousseff de danser la samba. La banque centrale Brésilienne l’a bien compris puisqu’elle a monté son taux directeur de 50 points de base mercredi le portant à 12,25 %. Le vote a été unanime mais la banque centrale n’a pas indiqué de quoi sera fait le futur. Le BRL s’est donc repris un petit peu cette semaine baissant de 1,51 % contre USD pour finir à 2,5823.
 
Bonne semaine. Elle risque de commencer son échauffement dans la nuit de dimanche à lundi, à l’ouverture du marché des changes en Asie, avec les résultats des élections grecques et, au cas où vous veniez à vous ennuyer, nous avons déjà le comité de politique monétaire de la FED qui se profile jeudi 28 janvier. Montera, montera pas …. ?




















(Mis en ligne le 25 Janvier 2015)

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