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Tapera, ou tapera pas ?

Référence de l'article : CP2863
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écrit par Rémy COVAREL,

C’est la question qui taraudait les marchés financiers en fin de semaine dernière dans un calme tout relatif.

Bachar El-Assad, en échange d’une putative mise sous séquestre et destruction de son arsenal d’armes chimiques, devrait éviter, au moins à brève échéance, de voir Barack Obama lui taper dessus. Il peut remercier le coup d’échec du grand maître international Vladimir Poutine.

Et la Fed ? Tapera ou tapera pas lors du FOMC du 18 septembre prochain ? Les trois quarts de la planète finance en sont convaincus, reste à prévoir avec quelle magnitude elle le fera. De mes lectures et discussions il semblerait que le consensus qui était à quinze milliards d’USD de réduction du programme d’achat mensuel (sur un total de quatre-vingt-cinq) soit plutôt maintenant autour de dix milliards et qu’une vraie surprise serait un « tapering » supérieur à vingt milliards d’USD.

Voilà les deux choses qui ont redonné des couleurs au marché et conduit les opérateurs à réduire graduellement leurs positions vendeuses entraînant un mouvement de correction ordonné sur toutes les classes d’actifs ou presque. Le  «S&P 500 » a gagné 2,5 % sur la semaine et le « MSCI Emerging markets », fort chahuté depuis mi-août,  a aligné cinq séances de hausse consécutive pour gagner 6,2 %. L’once d’or a perdu 80 USD et est au plus bas d’un mois. Hormis en Inde, les taux longs ont tous baissé ou sont restés inchangés (Suisse, Chine) …. Seul le pétrole résiste, tapis juste sous ses plus hauts d’août.

D’un coup d’œil, on peut en voir les conséquences sur le tableau de variation hebdomadaire des monnaies du G20 : elles ont toutes progressé contre USD, sauf le JPY qui a « yoyoté » pour finalement faire du surplace.

Vendredi dernier était attendu le taux de chômage américain. Celui-ci est ressorti en baisse de 0,1 point à 7,3% en août, environ 170 000 emplois ayant été créés. Dans l’absolu c’est une belle performance, mais en relatif les marchés ont été déçus car ils tablaient plutôt sur un chiffre de 180 000. J’en conviens, cela parait un peu ridicule, mais l’USD a été vendu sur cette nouvelle et l’EURUSD qui était sur une zone de support importante (légèrement au-dessus de 1.3100, voir chronique de la semaine dernière) est remonté de 1,23 % sur la semaine. Sa direction future dépendra encore plus des annonces de mercredi prochain.

La croissance au Japon est restée solide au deuxième trimestre 2013, en hausse de 0,9 %, en partie grâce à la consommation des ménages. Cerise sur le gâteau, l’attribution à Tokyo des jeux olympiques de 2020 est une bonne nouvelle pour l’investissement et la consommation et le JPY l’a célébré en repassant sous la barre des 100 contre USD. L’USD JPY est proche de sa moyenne mobile cent jours et est engoncé dans une espèce de triangle qui trouve son point d’équilibre à 99,00. Il cherche sa voie,  légèrement empêtrée dans les nouvelles mesures contradictoires du gouvernement Abe qui, d’un côté, va augmenter la taxe sur la consommation, c’est confirmé, et de l’autre travaille sur un plan de stimulus économique de cinq trillions de JPY (cinquante milliards d’USD).

Au Royaume-Uni aussi les statistiques du chômage sont tombées. Celui-ci est en baisse passant de 7,8 à 7,7 %. Résultat encourageant mais néanmoins dû à une augmentation très forte du travail à temps partiel plutôt qu’à temps plein. Le gouverneur de la BOE (Mark Carney) a déclaré jeudi que l’économie britannique retrouvait de la vigueur et qu’il maintiendrait les taux bas tant que le chômage ne serait pas repassé sous la barre des 7 % (ce qui selon certains économistes prendrait environ trois ans). En conséquence, la livre sterling (GBP) a fait du surplace contre EUR cette semaine. C’est décidément les grandes manœuvres dans les télécoms en Angleterre. Après avoir vendu sa participation de 45 % dans Verizon Wireless pour cent trente milliards d’USD la semaine dernière, Vodafone va en dépenser dix pour racheter les 8,5 millions d’abonnés du câblo-opérateur allemand Kabel. L’EUR GBP et le GBP USD n’ont pas fini de bruisser de rumeurs sur les éventuelles opérations de change liées à ces deux acquisitions.

Le franc Suisse (CHF) a lui aussi fait du surplace contre EUR. Néanmoins selon les prévisions émises cette semaine par l’institut de recherche économique BAK Basel, le produit intérieur brut de la Suisse pourrait augmenter de 2,2 % en 2014 et de 2,5 % en 2015. Et les deux principales banques suisses ont relevé leurs prévisions de croissance pour la même période. En toute logique académique cela devrait renforcer le CHF. Mais je pense qu’au contraire cela aura le même effet que les mesures du gouvernement japonais ont eu sur le JPY : cela le fera baisser. CHF et JPY ont été ces trois années des monnaies de refuge ce qui les a conduits à être notablement surévaluées. Pour vous en persuader regardez le graphique ci-dessous qui retrace les fluctuations de l’EURCHF sur les dix-huit dernières années et voyez où se situe la moyenne mobile des cent derniers mois (1.4324, ligne bleue). Revenir vers 1.4000 ne serait qu’un retour à la normale. Le marché est d’ailleurs extrêmement positionné en ce sens que ce soit en spot ou via des options de change.

Le dollar australien (AUD) et le dollar canadien (CAD) se sont renforcé tous deux d’environ 1,1 % contre l’USD. Ils ont profité de la baisse des tensions sur les marchés évoquée plus haut et des bons chiffres en provenance de Chine qui a vu son excédent commercial augmenter de 8,3 % en août et l’inflation ralentir légèrement, les prix à la consommation revenant à 2,6 % en rythme annuel contre 2,7 % le mois précédent.

En Norvège, la « pétro-démocratie du Grand Nord », on a les problèmes qu’on peut, à savoir en l’occurrence des problèmes de riches. Les statistiques macro-économiques sont plutôt au beau fixe. Le pays est assis sur plein de pétrole et 737 milliards d’euros d’avoirs placés dans un fonds souverain (sa valeur au 30 Juin 2013). C’est plutôt coquet, pour une population de cinq millions d’habitants ! Mais voilà, la productivité est en chute, les salaires augmentent plus vite que le PIB et la question de l’après pétrole se pose quand même. Alors, la Norvège, un royaume de vikings fainéants ? On n’en est peut-être pas là, mais malgré un bon bilan, lors des élections législatives qui se sont déroulés le week-end dernier, les conservateurs ont raflé la majorité aux dépens des sociaux-démocrates qui gouvernaient depuis huit ans. Même si ce résultat était attendu, il a été salué par la bourse d’Oslo qui a enregistré un plus haut annuel et par la couronne norvégienne (NOK) qui a gagné 2.45% sur la semaine contre EUR.

L’initiative surprise de Poutine, les bons chiffres chinois et l’approche du FOMC ont eu pour effet d’imprimer une correction marquée aux monnaies des pays émergents.

A tout seigneur tout honneur, le CNY repasse sous les 6,12 contre USD, dans un contexte de taux d’intérêt parfaitement stable et avec une bourse de Shanghai qui gagne 5 % d’une semaine sur l’autre.

Toutes les autres devises regagnent entre 1,5 % (TRY) et 3,37 % (IDR) contre USD. Bien sûr cela ne suffit pas pour revenir au niveau de début août comme le montre le graphique ci-dessous qui reprend l’évolution de la roupie indonésienne (IDR), de la livre turque (TRY), du Real brésilien (BRL) et du rand sud-africain (ZAR) sur les trois derniers mois. Mais profitant du contexte plus « risk on », les opérateurs ont engrangé les profits et réduit leur exposition globale et attendront vraisemblablement mercredi prochain (FOMC) pour se refaire une virginité et une opinion sur la suite des événements.

A noter que la banque centrale mexicaine (Banxico) a annoncé vendredi une baisse inattendue de ses taux d’intérêt, ramenés à leur plus bas niveau historique de 4,0% à 3,75%. Elle a justifié cette décision par le ralentissement plus marqué qu’anticipé de l’économie. L’activité de la deuxième économie d’Amérique latine s’est contractée au deuxième trimestre pour la première fois en quatre ans.

À l’inverse, la banque centrale indonésienne (BI) a relevé jeudi de façon toute aussi inattendue ses taux d’intérêt de vingt-cinq points de base dans le but de ralentir la chute de l’IDR les portant de 7 % à 7,25 %.

Deux réponses différentes, dans deux pays différents à deux situations pas si différentes que cela (baisse de la croissance et fuite des capitaux) qui eurent le même effet : le MXN et l’IDR se sont appréciés contre USD, les opérateurs surpris par ces décisions les sanctionnant de manière positive. Néanmoins l’USDMXN reste au-dessus de 13,00 et l’USDIDR au-dessus de 11 000. Une manche est gagnée mais la partie loin d’être jouée.

En Inde, les mesures prises par la banque centrale (cf. chronique de la semaine dernière) semblent aussi avoir immédiatement porté leurs fruits. Les opérateurs locaux ont constaté une moindre demande d’USD sur le marché des changes, notamment de la part des compagnies pétrolières indiennes qui ont maintenant la possibilité d’aller s’approvisionner directement au guichet de la banque centrale à taux préférentiel. L’USDINR a donc baissé de 3 %. La vraie question est de savoir combien de temps durera cette mesure qui se veut temporaire et si elle suffira à calmer la spéculation baissière sur l’INR à moyen terme. La réponse est dans le succès ou l’échec de la réduction du déficit des comptes courants.

Nous ne sommes plus qu’à quelques statistiques américaines (ventes au détail et PPI ce vendredi, capacité utilisation lundi, CPI mardi) de la tant attendue réunion de la Federal Reserve qui se tiendra mercredi 18 septembre (cela fait au moins trois fois que je l’évoque, si avec cela vous nous en rappelez pas…!). Si le contexte géopolitique reste calme, les marchés financiers, sauf surprise dans les chiffres publiés, devraient aussi rester atones avant cette date. Bonne semaine, et rendez-vous dans sept jours pour le débriefing…

(Rédigé le 13 Septembre 2013)
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