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Sous les marchés, la plage ?

Référence de l'article : CP3778
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écrit par Rémy COVAREL,

Nous sommes déjà fin juin et l’investisseur lambda ne boude pas son plaisir.  Par rapport au premier janvier, la valeur de son portefeuille obligataire a augmenté,  les taux longs ayant partout baissé. Exception faite du Nikkei qui perd  7%, tous les grands indices boursiers sont dans le vert ou a minima inchangés. S’il a parié sur la hausse  des matières premières, il est encore gagnant et aucun krach immobilier n’est venu éroder sa performance globale. Selon l’EDHEC-Risk Alternative Index, toutes les stratégies d’investissement des hedge funds sont dans le vert en mai, sauf les vendeurs à découvert (« short selling ») !  Cqfd ! Et dans le même temps, la volatilité retrouve ses plus bas historiques des années 2006-2007 sur les marchés actions et de change.

Des actifs qui montent et une volatilité en baisse. C’est le parfait cocktail pour les investisseurs, qui vont se faire une joie d’aller le siroter à la plage, car si la volatilité implicite est basse, c’est que ceux-ci  n’anticipent pas grand-chose avec le symposium économique de Jackson Hole (Wyoming) fin août.

Cependant, les nouvelles cette semaine furent plutôt mauvaises. Le chiffre définitif du Département du Commerce a finalement confirmé que l’économie américaine s’était contractée de 2,9% au premier trimestre 2014. En France, l’INSEE a confirmé que la croissance avait été nulle au premier trimestre et que l’on dépassait désormais la barre des cinq millions de chômeurs dans l’hexagone, si l’on intègre les catégories B et C. Au Japon, si le chômage est tombé au plus bas depuis fin 1997 (3,5%), la grande bataille de la déflation n’est pas encore gagnée, car la majeure partie de la hausse récente des prix à la consommation provient de la hausse de la taxe sur cette même consommation. L’économie russe est affectée par la crise ukrainienne. Le risque géopolitique et énergétique se rappelle à nous avec une possible dislocation de l’Irak et une redistribution des cartes au Moyen Orient (turcs se rapprochant de kurdes quasi  autonomes maintenant, pétrole oblige,  américains et iraniens de concert au chevet d’un Irak potentiellement démembré).

Si les investisseurs pensent aller bronzer tranquillement, ils devraient rester vigilants, car ce n’est pas la plage que nous avons sous les marchés, mais bien les politiques accommodantes des grandes banques centrales, qui tiennent à bout de bras le système. Gare aux coups de soleil, protégez-vous.

Devises des pays développés

Voici, brut de fonderie, les « ranges »  (plus bas et plus haut de la semaine) des principales paires de devises : EURUSD  1,3574 - 1,3651  (77 pips) ; USDJPY 101,32 – 102,17 (85 pips) ; EURGBP  0,8907 – 0,8938 (31 pips) ; GBPUSD 1,6953 – 1.7052 (99 pips) ; USDCAD 1,0669 – 1,0765  (94 pips) ; AUDUSD 0,9354 – 0,9445 (91 pips). Aucun ne dépasse les 100 pips, ce qui est assez rare.

De plus, par rapport au roi USD, le comportement des autres grandes devises n’a pas été univoque. Quatre d’entre elles se sont renforcé (EUR,  JPY,  AUD, CAD), tandis que trois autres baissaient légèrement  (CHF, GBP, NOK).

Il y a une raison structurelle à cela, qui est qu’il n’y avait pas grand-chose dans l’agenda financier et que les quelques statistiques phares sont sorties plutôt mauvaises sur tous les continents comme évoqué en introduction. Il était donc difficile de prendre position en tendance.

Il y a aussi une raison conjoncturelle qui est qu’à l’approche de la trêve estivale, les opérateurs ont allégé leurs positions. Ils ont laissé le marché aux traders dits « haute-fréquence », qui ne jouent pas une tendance à moyen horizon, mais cherchent juste à profiter presque instantanément des décalages de prix entre les différentes plateformes de cotation, au gré des nouvelles qui sortent, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Il y a bien peu de substance à retirer de tout cela.

L’EURUSD finit en légère hausse sur la semaine alors que Wall Street cède deux fois moins de terrain que l’Eurostoxx. Mais comme dans le même temps le taux souverain à 10 ans aux USA a perdu 10 bps alors que le taux composite de l’Euro zone n’en perdait que 2, peut-être est-ce cela qui a fait la différence. A moins qu’à force de ne pas jamais enfoncer les 1,3500 malgré l’action de la BCE, de guerre lasse, certains spéculateurs ne se disent que le prochain mouvement en EURUSD est à la hausse. Ou encore que quelques banquiers centraux, gavés de pétro-dollars à ne plus savoir qu’en faire, n’aient acheté de l’EUR pour diversifier leurs réserves de change. En attendant, bien malin qui peut en tirer une tendance à court ou moyen terme. 1,3503 – 1,3685 est en tout cas la zone neutre dans laquelle l’EURUSD pourrait rester confiné.  

La nouvelle norme (« the new normal »), telle que suggérée par Mark Carney, le gouverneur de la banque centrale d’Angleterre (BOE) dans une interview à la BBC, est de 2,5 %. Il parlait bien sûr du taux directeur. Il a même suggéré que ce taux cible pourrait être atteint en 2017 ! Le GBP aurait dû terminer en hausse, à la suite de cette nouvelle, mais cela ne fut pas le cas. Peut-être que 2017, pour des « day-traders », est une maturité trop éloignée. En tout cas, l’EURGBP a du mal à consolider sous les 0,8000 pour l’instant.

Avec un Nikkei en baisse, le JPY aurait certainement dû faire de même cette semaine, or il s’est apprécié de 0.71% contre USD. Mais d’une part, il y avait beaucoup d’options de change qui arrivaient à maturité sur des niveaux autour de 101.50, ce qui a aimanté le marché. De plus, d’aucuns s’inquiètent, à l’instar du cabinet de prévisions et d’étude Oxford Economics, du possible ratage de la politique accommodante de la banque centrale du Japon (http://www.cnbc.com/id/101783151#.). Plusieurs grandes banques ont d’ailleurs conseillé à leurs clients de renforcer leurs positions acheteuses de JPY à court terme, alors que, depuis un an, sur ces points bas déjà vus, elles conseillaient plutôt l’inverse.

Le dollar australien (AUD) trouve toujours du support chaque fois qu’il rebaisse. On l’a encore vérifié cette semaine. Deux raisons à cela : le taux d’intérêt élevé qu’il sert par rapport aux autres devises du G10 et la forme de son petit frère le dollar néo-zélandais qui a cassé à la hausse ses plus hauts de 3 ans, á 0.8794 en NZDUSD, pour cause de balance commerciale légèrement plus excédentaire que prévu. Il pourrait continuer à surprendre à la hausse.

Un baril de pétrole dont le prix reste sous pression favorise les rentrées d’argent en Norvège et au Canada. Le dollar canadien (CAD) en a profité pour signer une troisième semaine consécutive de hausse contre son grand frère yankee et retrouver son niveau de début d’année. La couronne norvégienne (NOK), n’en a pas profité. Elle a légèrement baissée, entrainée par sa cousine suédoise (SEK) et subissant toujours les effets des déclarations du gouverneur de la banque centrale (voir chronique de la semaine dernière). La tendance devrait se poursuivre pour les deux monnaies à court terme.

Devises des pays émergents

Et le grand gagnant est …… : le real brésilien (BRL) !!!!

Le BRL a signé sa plus belle semaine depuis mars dernier contre le dollar, gagnant 2% et repassant pour la première fois depuis début avril sous la barre des 2,2000 en USDBRL.  Il n’a pas eu l’occasion de trembler lors de la séance de tirs au but contre le Chili, ni de célébrer, pour l’instant la qualification de la Seleçao pour les quarts de finale. Cette hausse est due à la banque centrale qui a annoncé en milieu de semaine poursuivre son programme d’intervention quotidienne sur le marché des changes jusqu’à la fin de l’année. Elle y consacre de manière volontariste 200 millions d’USD par jour. Ceci explique cela. Par contre cela n’explique rien pour le peso mexicain (MXN) qui resté complètement atone cette semaine.

La Russie n’est pas sortie de son groupe lors des qualifications. La crise ukrainienne fait place à une drôle de guerre. L’économie russe craint les conséquences de nouvelles sanctions occidentales (ce n’est pas moi qui le dis, mais le ministre de l’économie Alexeï Oulioukaiev). Il y avait donc peu de facteurs pour soutenir le rouble (RUB) cette semaine. Mais nous sommes en fin de mois, de trimestre et de semestre et les traditionnelles ventes d’USD de la part des entreprises russes exportatrices d’énergie  ont pesé sur l’USDRUB. La demande explicite de Vladimir Poutine au Parlement de lever l'autorisation d'intervenir militairement en Ukraine qui lui avait été accordée en mars a aussi joué. Je reste néanmoins vendeur de RUB sur tout renforcement excessif.

La banque centrale de Turquie continue de normaliser sa politique de taux, au grand contentement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Après avoir baissé de 50 points de base son taux directeur le mois dernier, elle l’a fait passer de 9,5% à 8,75 % cette semaine. Normalement quand le taux directeur d’une devise diminue, celle-ci est censée se déprécier, mais le forex n’est pas une science exacte et la livre turque (TRY) a gagné 1 % sur la semaine contre USD, revenant à 2,1258. Le marché a bien accueilli cette mesure et reste insensible à la guerre sans fin en Syrie et à la guerre éclair en Irak, quand bien même l’Irak, l’Iran et la Russie sont parmi les pays où elle exporte le plus, après l’Allemagne qui est le premier partenaire.

En Asie aussi la semaine a été calme et les variations mineures. L’activité manufacturière en Chine s’est accrue à un rythme pas vu depuis sept mois et les ventes de téléviseurs pour la coupe du monde dopent les exportations de la Corée du Sud. Seule l’Indonésie a mal à sa balance des comptes courants pour cause d’exportations en baisse de 3%. L’USDIDR se rapproche donc du seuil des 12 000 et est la seule grande monnaie émergente en baisse sur la semaine contre USD.

Bonne semaine.

 (Mis en ligne 29 Juin 2014)
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