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Quand le marché hésite, il achète le …. ? La… ?

Référence de l'article : CP3909
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écrit par Rémy COVAREL (14 septembre 2014),

Quels sont les risques « non financiers » actuellement et qu’en pensent les marchés ? Ebola parait à tort ou à raison loin des préoccupations des cambistes. L’embrasement de Gaza en août n’est plus que de l’histoire ancienne.  La formation d’une coalition internationale pour lutter contre l’établissement d’un califat en Mésopotamie n’intéresse guère, tant que le prix du baril de pétrole ne bouge pas. Seul la drôle de guerre ukraino-russe  agite un peu la région et ses monnaies.

Par contre, les trois événements majeurs de la semaine prochaine (réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine (FOMC), même exercice en Suisse et vote sur l’indépendance de l’Écosse) étaient au centre de toutes les discussions et prises de position cette semaine. L’incertitude qui y est attachée donne des ulcères aux investisseurs qui ont donc (trop ? pas assez ?) rapidement  adapté leurs positions.

Devises des pays développés

Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas sur l’EURUSD. Déjouant les pronostics les plus enflammés, il n’a fait que tourner autour du seuil des 1,2900.  Il a marqué en séance un plus bas à 1,2860 mardi, avant de finir la semaine plutôt entouré, à même pas dix pips du niveau de vendredi dernier (1,2955 contre 1,2964).

Je vous disais la semaine dernière que tout était dans les cours pour l’instant de l’EURUSD et qu’il faudrait, soit de bonnes raisons américaines ou de nouvelles mauvaises raisons européennes pour que l’EURUSD poursuive sa baisse…. Comme il n’y eut ni l’un ni l’autre sur le front des déclarations ou des indicateurs économiques, les intervenants ont tempéré leurs ardeurs pour cause de FOMC se profilant (les 16 et 17 septembre). Preuve en est que les risk reversal n’ont pas bougé d’un iota par rapport à vendredi dernier, que ce soit le 1 mois ou le 1 an.

Cependant l’EURUSD a fait office d’exception. Le marché est très hésitant sur le timing de la remontée des taux aux USA, sur les effets pervers ou pas de courbes de taux de plus en plus négatives (le « deux ans EURO » vaut moins 4 bps !), Et sur les soubresauts potentiels de la livre sterling (GBP), et de tous les dépôts logés dans les coffres des grosses banques écossaises (les actifs domiciliés en Écosse par l’industrie financière locale totalisent 1 trillion de GBP, soit 10 fois le PIB !!). MAIS il croit absolument à la remontée des taux aux USA. Il a donc réorienté ses positions cette semaine à l’achat de l’USD pour jouer la sécurité et l’opportunité.

Cela a eu pour effet de faire bondir l’USD JPY de 2.27 % (à 107,27 il est à un plus haut depuis 2008), l’USDCAD de 1,75% (qui repasse solidement au-dessus des 1,10) et même l’USDCHF d’un plus modeste 0,42%, alors même que l’EURUSD, auquel l’USDCHF est extrêmement corrélé, n’a pratiquement pas bougé.

La livre sterling (GBP) n’a finalement perdu que 0,41 % contre USD. Cependant la volatilité intra semaine a été bien plus importante, puisque partant de 1,6317 lundi à l’ouverture, le GBPUSD a été fortement vendu pour cause de quasi parité entre les partisans du « oui » et les partisans du « non » dans les sondages. Mercredi le GBPUSD touchait un plus bas de 1,6060 avant qu’un sondage donnant 53/47 en faveur du non ne vienne rasséréner un peu les investisseurs. La situation reste toutefois extrêmement indécise, et les prévisionnistes fort divisés sur les suites d’un tel vote. Certains anticipent qu’en cas de victoire des indépendantistes, la livre sterling pourrait perdre jusqu’à 10 % de sa valeur, que les dépôts financiers fuiraient l’Écosse et assècheraient les liquidités des banques locales, que la banque d’Angleterre pourrait limiter le montant des retraits en cash, ou même décréter un jour férié (« bank holiday ») guichet pour gérer les premières heures après le résultat et de canaliser la réaction des marchés. Beaucoup de bruit pour rien ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que la date d’indépendance « programmée » de l’Écosse est le 24 mars 2016, si le oui l’emporte, et que jusqu’à cette date la banque d’Angleterre reste la clé de voûte du système. Cela laisse normalement à tout le monde le temps de se retourner.

Ce n’est donc pas le GBP, malgré l’incertitude qui règne qui a été la devise la plus chahutée, mais le dollar australien (AUD) qui a enregistré sa plus grosse variation hebdomadaire depuis août 2013 et perdu plus de 3,5 %. A première vue, c’est une grosse surprise, puisque le taux de chômage en Australie est tombé à 6,1 % au mois d’août, l’économie australienne ayant encore généré 121 000 nouveaux emplois. Mais voilà, seulement 14 000 de ces emplois sont des emplois à plein temps. Et cette statistique pourrait être l’arbre qui cache la forêt, car d’aucuns prophétisent une vraie récession en 2015 en Australie, avec pour cause le ralentissement du marché de la construction en Chine, qui soutient énormément les exportations de minerai de fer australien (20% des exportations). C’est en tout cas la position du précédent chef économiste du pays, Quentin Grafton, et de plusieurs autres éditorialistes de renom. L’AUDUSD a donc souffert, non seulement de la poussée du dollar américain, en tant que valeur refuge en ces temps d’incertitude, mais aussi d’une soudaine défiance dans l’économie australienne. Qui plus est depuis plusieurs semaines, l’AUD était soutenu par le taux d’intérêt facial important qu’il rémunère par rapport aux autres devises du G10. Les Hedge Funds étaient particulièrement longs d’AUDUSD et ont allégé leurs positions, brutalement, comme d’habitude. Le seuil psychologique de 0,9000 a pour l’instant tenu, mais on s’en rapproche.

Devises des pays émergents

Quand le marché hésite, et qu’il s’agit de monnaies émergentes, il achète le « dollar américain, mais ne vend pas le yuan !», me répondrez-vous tous en chœur. Et nous sommes d’accord.

C’est exactement ce qui s’est passé cette semaine. Toutes les monnaies émergentes enregistrent une baisse comprise entre 0,42% (la roupie indienne, INR) et 2,60 % (le rand sud-africain, ZAR, qui retrouve son statut de devise yo-yo), sauf le yuan chinois qui se permet de s’apprécier de 0,10% contre USD. De là à y voir la patte experte et taquine de la banque centrale chinoise, il n’y a qu’un pas. Il est vrai que le chiffre des prêts financiers est ressorti en hausse au mois d’août en Chine et les intervenants ont apprécié que le régulateur autorise cette augmentation. Ils ont interprété cela comme une preuve de flexibilité de la part des autorités, une preuve du fait qu’elles sont à l’écoute de l’évolution de la croissance chinoise, et restant pragmatiques avant tout. L’USDCNY est en territoire neutre pour l’instant entre 6,10 et 6,15. Cette idée est confortée par le marché des options, où la volatilité est pratiquement inchangée. De plus, les risk-reversals (qui continuent à être plus chers pour acheter la hausse que la baisse) ont baissé de 0.10 volatilité sur le 1 mois et le 1 an depuis la semaine dernière, soit, en terme relatif, de 33% et 12,5%, signe d’un allègement des positions.

Les autres monnaies d’Asie ont toutes perdu du terrain contre USD, dans des proportions raisonnables, comme l’indique le tableau pour l’INR et l’IDR. Hormis le JPY, dont nous avons déjà parlé, la monnaie qui a le plus reculé cette semaine est le won coréen (KRW) qui perd plus de 1%. Mais il reste encore largement dans le vert sur les douze derniers mois, avec un gain de 12,9% contre USD  (Samsung plus fort qu’Apple ??).

La situation est contrastée en Amérique Latine. Le dollar mexicain (MXN) recule de 1,31%, subissant juste la poussée de fièvre autour de l’USD. Par contre les voisins brésiliens ne dansent plus du tout la  samba. Le Corcovado retient son souffle car, ici aussi, comme en Ecosse, y’a une histoire d’élection. Elle est présidentielle, le premier tour se déroulera le 5 octobre prochain et les deux favorites, la présidente actuelle Dilma Rousseff et l'écologiste Marina Silva sont au coude à coude dans les sondages. La bourse brésilienne (bovespa) a enregistré du coup sa pire performance hebdomadaire depuis 2012 et le real brésilien la plus grande baisse contre USD des grandes monnaies émergentes (-3,77%) repassant au-dessus du seuil des 2,33 en USDBRL, plus haut depuis mars dernier. Comme en Ecosse, incertitude et volatilité sont à la manœuvre de concert.

Taux d’intérêts négatifs (à qui le tour ?), élections (Ecosse, Brésil), risque géopolitique (contenu sous-estimé ?), voici le cocktail de cet automne. Un rapide coup d’œil au tableau de la volatilité sur le marché des options vous montrera que, sans avoir la réponse, les investisseurs ont déjà voté. Ils ont acheté de l’USD et de la volatilité.

Bonne semaine.

(Rédigé le 14 Septembre 2014)
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