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Montera ou montera pas… ?

Référence de l'article : CP4837
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écrit par Rémy COVAREL,(13 septembre 2015)

Cette semaine, les marchés avaient déjà la tête…. à la semaine prochaine. Un peu comme l’équipe de France de rugby contre l’Écosse samedi dernier au stade de France, ou le PSG contre les Bordelais au Parc,….

La planète finance retient son souffle avant la réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine (FED) qui se tiendra les 16 et 17 septembre. Chaque institution financière ou organe de presse économique y est allé de son article - souvent brillamment étayé -  pour prédire une hausse, ou non, du taux directeur de la Réserve Fédérale.

 
Depuis environ 80 mois (16 décembre 2008) le taux directeur de la deuxième économie et de la première devise de facturation commerciale de la planète est à un niveau historiquement bas de 0,25%. Le taux de chômage est redescendu ce mois-ci à 5,1 %, c’est-à-dire le même qu’en mars 2008. Le Dow Jones, indicateur phare du marché boursier américain  valait à peine plus de 7 000 points en février 2009 contre plus de 16 388 points vendredi soir 11 septembre (+234%).

Évidemment que la Fed va remonter son taux directeur, après avoir arrêté l’expansion de son bilan (quantitative easing) depuis maintenant presque un an. Que ce soit la semaine prochaine, le 28 octobre, ou le 16 décembre, date des trois prochains meetings du FOMC, où est la différence, à part pour quelques « day traders » ?

L’important est que la Fed explique à quelle vitesse elle compte orchestrer la remontée de son taux directeur à un niveau « normal », en rapport avec l’activité « médiane » de l’économie américaine. 3,03% est la moyenne des 100 derniers trimestres (ligne verte du graphique ci-dessous), c’est-à-dire une génération à l’échelle humaine. Cela paraitrait un niveau approprié. Mais faut-il l’atteindre en une série rapide de hausses ou en étalant celle-ci sur plusieurs années ? Telle est la question, le reste n’est que du bruit. De plus, le marché s’y est préparé depuis un moment, dans la douleur, et a continué cette semaine.


 

(taux Fed fund  – bande haute depuis 1974, source Bloomberg)
 

Devises des pays matures

Ce n’est pas la variation des cours de telle ou telle paire de devises que je souhaite mettre en avant cette semaine sur les monnaies des pays du G10, mais l’évolution des risk reversal que ce soit sur la partie courte de la courbe (échéance un mois) ou la partie longue  (échéance un an).

Si vous vous reportez au tableau habituel, vous verrez qu’à l’exception de l’USDJPY qui a vu ses risk reversals bouger légèrement dans le sens positif, c’est-à-dire à la hausse (on a beaucoup parlé de paris de hedge funds sur des niveaux de 135 à 145 d’ici un à deux ans), toutes les autres risk reversals sont restées pratiquement étales. Signe qu’au-delà des variations intrinsèques au comptant - et il y en a eu - les marchés sont restés globalement attentistes à court et moyen terme.



Sur la semaine, par contre, le message est assez clair, le dollar a cédé du terrain contre toutes les autres devises à l’exception du dollar canadien (CAD), inchangé par rapport à la semaine dernière, et du yen (JPY). La faute en revient en partie ce vendredi à l’indice de moral des ménages américains, publié mensuellement par l’université du Michigan, et qui est ressorti à bas niveau depuis septembre 2014. De là à dire que les intervenants ont nettoyé leurs positions pour être complètement « neutre » en attendant le FOMC….

L’USDJPY est repassé au-dessus de la barre symbolique des 120,00. Entre la baisse de la croissance mondiale et du prix des matières premières, le marché se demande comment l’archipel va sortir de la stagflation sans que la BOJ n’ait à assouplir encore sa politique monétaire. De plus, Yamamoto Kozo, un proche conseiller du premier ministre Shinzo Abe, a benoîtement déclaré cette semaine que le JPY avait « encore un peu » de place pour baisser. Dont acte.

 À l’autre bout du spectre, c’est le dollar australien (AUD) qui enregistre la meilleure performance contre USD. Après avoir été agressivement vendu ces derniers temps à cause de la baisse des prix des matières premières et de l’essoufflement (relatif) de l’économie chinoise, l’AUDUSD a bondi de 2,49 %, repassant allègrement la barre psychologique des 0,7000. Ce rebond est principalement lié à un chiffre de création d’emplois en juillet sorti meilleur qu’attendu (17 400 créations contre 5 000 anticipées, et un taux de chômage en baisse à 6,2 %).

L’EURUSD a passivement regagné un petit peu de terrain, remontant de 1,1148 à 1,1336. Depuis ses plus bas en mars dernier, il est dans un léger tunnel ascendant, matérialisé sur le graphique ci-dessous. Mais c’est une remontée graduelle et saccadée qui ne lui a pas permis en deux mois d’effacer plus d’un petit tiers de ses pertes. Il est urgent d’attendre.


(Source: Bloomberg)


La Chine est sans conteste le plus gros exportateur de « jeans », mais le Royaume-Uni lui est maintenant le premier exportateur de « Gin », signe du dynamisme des sujets de la reine Élisabeth (http://www.mirror.co.uk/news/uk-news/gin-just-tonic-uk-economy-6432449). Ce n’est pas pour cela bien sûr que le GBP est monté contre USD, car les chiffres de production industrielle et de la balance commerciale pour juillet publiés mercredi furent très décevants.
C’est bien le dollar qui a gouverné la plupart des variations des monnaies du G10 cette semaine.

Devises des pays en développement

Cinq baisses contre le dollar américain (BRL, CNY, IDR, INR, TRY) contre trois hausses (MXN, RUB, ZAR). Par rapport aux semaines précédentes, ce n’est pas une mauvaise copie pour les monnaies des pays en développement. Il faut là aussi certainement y voir la proximité du prochain FOMC, qui a dû tempérer les prises de position. Parce que dans l’absolu, le jeu de « casse-BRIC » a continué.



Je vous en parlais la semaine dernière, le Brésil a finalement été relégué parmi les emprunteurs spéculatifs par Standard & Poor’s ce mercredi.Le  pays a rétrogradé de BBB- à BB+, pour plonger dans la catégorie des dettes jugées spéculatives (« junk »), le tout assorti d’une perspective négative. Si la bourse brésilienne (indice Ibovespa) n’a perdu que 2,04 % sur la semaine, c’est que d’une part les investisseurs s’y attendaient et que d’autre part la perspective, encore et toujours, du FOMC la semaine prochaine, a certainement tempéré les mouvements. Il en fut de même sur le Real brésilien (BRL). L’USDBRL a brièvement franchi le plafond des 3,9000 (3,9061, au plus haut), pour revenir à la clôture ce vendredi à 3,8708. Mais la tendance n’est pas bonne et les prévisionnistes courent après le marché.  Début juillet, la banque la plus pessimiste pour le real voyait un USDBRL à 3,65 à fin 2015. Vendredi 11, elles étaient cinq à affirmer que l’USDBRL franchirait la barre des 4,0000 d’ici la fin de l’année.

Signe, s’il en est, de temporisation dans la nervosité, la monnaie chinoise (CNY, ligne rouge du graphique ci-dessous) a reculé de 0,3 % contre USD sur la semaine. Mais surtout elle a fait un yo-yo fort différent de son avatar convertible à l’international le CNH (ligne bleue). Ce n’est pas si courant que cela. Il y a eu notamment jeudi un épisode où, quand l’USDCNY a touché les 6,3850, des ordres de vente se sont fait jour très agressivement sur les plates-formes de trading. Intervention ? Mystère... En tout cas, après trois semaines de temporisation, le CNY est reparti très légèrement à la baisse contre USD. A suivre !


(Source: Bloomberg)


Le rand sud-africain (ZAR) s’est fait tout petit cette semaine pour profiter de la baisse du dollar vendredi, l’USDZAR passant de 13,85 à 13,55 sur la semaine (-2,16%). En plus sur le continent c’est le Nigéria qui retenait l’attention de tous les investisseurs. En effet, la banque JP Morgan a décidé de supprimer le Nigéria de son indice sur les obligations souveraines des pays émergents (Government Bond Index-Emerging Markets/GBI-EM). Cette radiation devrait conduire à des dégagements importants sur le marché obligataire de la part des gérants de fonds internationaux et renforcer la difficulté d’accès au financement en USD de la première économie du continent africain.

C’est un mal nécessaire que la FED monte son taux directeur. Il est anormalement bas depuis trop longtemps. Qu’elle le fasse le 17 septembre ou dans les mois qui viennent, peu importe. Cette hausse se reflète déjà en grande partie dans les prix des actifs.  Dans la zone G10, le DXY (dollar index) est passé en un an de de 84.05 à 95.20 (+13,27%). C’est sa plus grosse variation sur 12 mois glissants depuis 2003. Pour les pays émergents, le « casse - BRIC » est malheureusement en marche. L’indice « MSCI – Pays émergent » a enregistré sa plus forte baisse trimestrielle depuis le troisième trimestre 2011.

Nul doute néanmoins qu’il y ait quelques secousses la semaine prochaine ! Attachez vos ceintures et je vous la souhaite excellente.



(Mis en ligne le 13 Septembre 2015)

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