Se connecterS'abonner en ligne

Les pays émergents contre-attaquent, ou, du moins, essaient…!

Référence de l'article : CP3282
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Rémy COVAREL,

Quelle semaine ! Cette courte phrase exclamative servira de quasi-seul préambule à la synthèse des évènements qui émaillèrent ces cinq jours. Il y en eut pour tout le monde, avec bien sûr en tête de liste les devises des pays émergents, mais nous verrons aussi qu’un autre serpent de mer continue à émerger et influer sur le cours de certaines devises des pays développés.

Devises des pays développés 

L’EURUSD en baisse de 1,4 % a détricoté tout ce qu’il avait tissé la semaine dernière. L’EUR s’était apprécié, rappelons-le, sur fond d’aversion au risque, au même titre que d’autres valeurs refuge traditionnelles telles que le franc Suisse (CHF) et la monnaie japonaise (JPY). Le CHF est resté stable (contre EUR, son point d’ancrage commercial)  et le JPY s’est même encore un petit peu renforcé (contre USD, son point d’ancrage historique et commercial). Certes le Nikkei a subi des retraits de la part des investisseurs non-résidents depuis deux semaines, mais, dans le même temps, les investisseurs japonais ont encore plus vendu de titres obligataires étrangers. Ceci explique en grande partie la très légère progression du JPY et le retour de l’USDJPY sur 102, en territoire assez neutre.

L’EURUSD a franchi les 1,37 en début de semaine toujours portée par des flux acheteurs liés aux ventes des devises émergentes. Il a ensuite stagné pendant trois jours dans un range de 50 points avant de franchement baisser en cette fin de semaine. Il faut en chercher l’explication des deux côtés de l’Atlantique. D’une part la Fed en réduisant mercredi encore de 10 milliards d’USD par mois ses injections de monnaie dans l’économie et en émettant un communiqué relativement neutre vis-à-vis des remous actuels rencontrés sur les marchés s’est voulue rassurante, dans la continuité. Et c’est ce qu’attendaient les intervenants. De plus, Eurostat a calculé que l’inflation en janvier dans la zone euro est tombé à 0,7 % en variation annuelle contre 0,8 % en décembre et en tout cas bien en-dessous de 2 % qui est l’objectif cible de la banque centrale européenne rappelons-le. Le mot fatal est sur toutes les lèvres : la déflation est à nos portes. Beaucoup d’ailleurs n’ont pas tardé à pronostiquer une baisse des taux lors de la réunion de politique monétaire de la BCE la semaine prochaine.

Techniquement en tout cas, on est sur des points bas. La zone 1,3475/85 est un support important qui s’il était enfoncé, en clôture journalière, ouvrirait la voie à une baisse possible jusqu’à 1,3300. Et, en cette fin de semaine, le marché des traders court terme est positionné en ce sens (short EUR).

Autre devise à s’être renforcée, la livre sterling (GBP). Normal me direz-vous, l’action de la FED fait mécaniquement monter l’USD et l’EUR a baissé. Mais nos amis anglais s’aident tous seuls aussi. L’Office National des Statistiques (ONS) a confirmé le regain de forme de nos voisins insulaires puisque l’économie a cru de 1,9 % en 2013, du jamais vu depuis 2007. Le marché l’avait déjà anticipé mais a apprécié que le secteur manufacturier soit celui qui progresse le plus, témoignant d’une croissance plus équilibrée, celle-ci ayant été longtemps alimentée uniquement par la City et son secteur financier. L’EURGBP atterrit pile sur 0,8200, au plus bas depuis presque un an. Le prochain point de support est 0,8168.

Le dollar canadien (CAD) a continué à être chahuté, pour la quatrième semaine consécutive. L’USDCAD a donc fort logiquement esquissé un saut de puce au-dessus des 1,1200 (1,1224 très précisément) ce qui n’était plus arrivé depuis l’été 2009, avant de subir quelques prises de bénéfice vendredi après-midi. Dans le même temps dollar australien (AUD) reprenait techniquement quelques couleurs (+ 0,8% contre USD), à l’inverse de la couleur norvégienne (NOK) qui perd le même terrain contre EUR, sans grande actualité.

Devises des pays émergents

La plupart se sont encore trouvé sous pression cette semaine, à divers degrés. Mais la contre-attaque s’est néanmoins enclenchée, et elle a été parfois spectaculaire.

Les monnaies de la zone asiatique sont restées plutôt préservées, les variations sur la semaine n’excédant pas 0.5% contre USD. Certes, signe d’une certaine tension, la monnaie chinoise a rendu un peu de ses gains récents, l’USDCNY repassant au-dessus de la barre des 6,0600. Mais peut-être faut-il aussi y voir quelques prises de profit avant la longue semaine de vacances qui commence en Chine ce vendredi, pour célébrer la nouvelle année.

En tout cas, une qui a décidé de ne rien laisser au hasard, c’est la Reserve Bank of India. Elle a surpris nombre d’économistes et de cambistes en remontant son taux directeur de 25 points de base, de 7,75% à 8,00%. Le gouverneur de la banque centrale, Raghuram Rajan, a expliqué que sa préoccupation n’était pas les investisseurs mais bien le consommateur indien et l’inflation notamment des produits alimentaires….. Mais, tactiquement, cette hausse des taux permet aussi de rendre la rémunération de la roupie indienne (INR) plus attractive et donc de détourner indirectement la spéculation vers d’autres monnaies, au moins à court terme en espérant que l’inflation baisse.

En Amérique latine, la banque centrale du Mexique (Banxico) a laissé ses taux inchangés ce vendredi. Certes le peso mexicain est resté une grande partie de la semaine sous pression, mais n’est jamais remonté au-delà des sommets atteints il y a huit jours contre USD (13,6063) et finit même en hausse de 0,74 % contre USD, l’USDMXN revenant sur 13,3500. Le marché avait surtout un œil sur le peso argentin (ARS) qui est resté stable après sa dévaluation de 14 % la semaine dernière….. Mais c’est le Brésil qu’il faut à nouveau regarder. Certes la coupe du monde se profile en juin mais les projections de croissance sont encore révisées à la baisse. Ceci pour ne pas dépasser les 2 % sur l’année et 2,2 % en 2015. Avec une inflation qui atteint les 6 %, le choc est dur à encaisser et la baisse brutale de la devise argentine n’est pas non plus une bonne nouvelle. Les trois quarts des exportations brésiliennes à destination de l’Argentine sont des produits manufacturés intermédiaires et leur étiquette vient donc de valser de +15 % en une semaine ! Cela devrait freiner le consommateur. Le real brésilien s’est donc trouvé sur la défensive, l’USDBRL remontant au-dessus des 2,4100.

Quid de notre troïka infernale, la livre turque (TRY), le rouble (RUB) et le rand sud-africain (ZAR) ? Leurs trajectoires ont beaucoup divergé. Le rouble a été très continuellement vendu, l’USDRUB atteignant jeudi un nouveau plus haut de presque cinq ans à 35,4455. Cela a obligé finalement la banque centrale à intervenir tous les jours et en masse pour un montant estimé à environ 3 milliards de dollars et lui a permis de remporter une demi-victoire ce vendredi, l’USDRUB repassant sous les 35,15 mais restants quand même en hausse de 1,75 % par rapport à la semaine dernière.

Le rand sud-africain (ZAR) fini pratiquement inchangé, en légère baisse de 0,34 % contre USD à 11,10. Cette phrase reflète mal les réalités de la semaine, puisque sur fond de grève à venir dans les mines de platine (les mineurs demandent un doublement de leur salaire et ont refusé une hausse de 7% pendant les trois prochaines années jeudi), l’USDZAR se hissa jusqu’à 11,40 mercredi. Mais là aussi la banque centrale (SARB) est intervenue, remontant le taux auquel elle prête aux banques commerciales de 50 points de base à 5,50%. C’est une première depuis six ans et cela a permis de couper l’herbe sous les pattes aux spéculateurs, au moins temporairement.

Mais en termes de contre-attaque, que dire de la banque centrale de Turquie (CBRT). Il le fallait, car comme nous vous le disions dans les deux précédentes chroniques, elle s’était pris les pieds dans le tapis et avait laissé la spéculation s’engouffrer dans la béance de ses atermoiements. Les marchés l’avaient sévèrement sanctionné la semaine dernière et cela continuait lundi l’USDTRY allant toucher un plus haut historique à 2.3900. L’annonce de la convocation d’une réunion d’urgence de la CBRT pour mardi soir à minuit a freiné la spéculation, ramenant l’USDTRY à 2,2600. Mais le gros de la frappe vint avec l’annonce des décisions de cette réunion qui allèrent bien plus loin que ne le pensait le marché : le taux de prêt overnight a été monté de 7,75% à 12 %, le taux auquel la banque rémunère les dépôts overnight baissé de 8 % à 3,5 % et le taux auquel elle prête à une semaine plus que doublé, de 4,5 à 10 % ! En quelques minutes l’USDTRY, qui valait 2,2600, retomba à 2.1600, avant de remonter graduellement jusqu’à 2,25 en fin de semaine.  CBRT 1 – Marché 1. Balle au centre.

Cette situation saurait-elle durer ? La déflation en Europe, et peut-être même aux États-Unis, c’est fort possible. Gageons que nous en apprendrons plus la semaine prochaine, lors de la conférence de presse de la BCE après sa réunion du 6 février. Les attaques sur les devises les plus fragiles des marchés émergents vont-elles continuer ? Certainement. Peut-être leurs effets seront-ils moins aigus, la contre-attaque étant enclenchée, mais la crise semble s’installer dans la durée. Entre déflation et déficit des comptes courants, un seul constat s’impose : pratiquement toutes les places boursières sont dans le rouge depuis le début de l’année sur les pays développés, comme dans les pays émergents

Bonne semaine.

(Rédigé le 1er Février 2014)

Articles similaires
Un marché en Trump-l’œil ?BDD Options de change : mise à jour au 9 Novembre...BDD Options de change : mise à jour au 28 Sept....Vaste lâcher de colombes, de Tokyo à New YorkMarchés financiers et des changes : la fin de...Une rentrée des marchés de change atone…UN jour, la FED finira par remonter son taux...Du Brexit à la Guerre des Monnaies ?Coup de Trafalgar, coup de chauffe, mais pas...Les banques centrales muselées par le BrexitLe marché devient-il foot ?Beaucoup de bruit pour Juin ?Une semaine en mode Festival de CalmeVendez en Mai (....mais quoi ?), et fuyez (…mais...Rallye de printemps, plus pour longtemps?Une semaine PAQUES comme les autres !!Çà FED du bien…. Au moins à court terme !!MOINS par MOINS fait-il vraiment PLUS ?Deux dates à retenir : le 10 mars et le 23 juinDeux jours pour tenter de rassurer le mondeMarché des changes : toujours autant de...An 2016, Semaine 1… Et déjà la gueule de bois...Le Réveil de la Fed. Qu’annonce-t-il pour 2016...Les marchés capitulent avant la trêve (….et la...Le marché est-il plus royaliste que le roi ou le...Une semaine à oublier !!Fed et BCE sur une trajectoire de plus en plus...La BCE soutient le redécollage, la PBOC gère...Les marchés ne franchissent pas le RubiconDrôle de trame…Le marché a du plomb dans le dies-aile!La Fed passe….et Manque ???Montera ou montera pas… ?C’est la rentrée….. Pour les banques centrales...Une nouvelle guerre des monnaies, vraiment ?L’été s’ra chaud ?50 nuances de GrèceDrôle de Drachme….Grèce over !!??La Grèce FED toujours l’actualitéPris en sandwich, le marché frôle...Le marché des changes tourne en rond, voire en...Grèce anatomyLe dollar joue aux montagnes russesCorrection bien ordonnée commence par soi-même :...Pas de pont en mai sur les marchésUSD : Pause ou fin de partie ?Le dollar davantage discutéEt s’il n'en reste qu’un, le dollar sera...Dans quel panier mettre ses œufs ?Poisons d’Avril ?L’alternative du diable