Se connecterS'abonner en ligne

La Grèce FED toujours l’actualité

Référence de l'article : CP4695
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Rémy COVAREL,(21 Juin 2015)

Les semaines défilent, mais l’actualité ne change guère. La Grèce et le spectre d’un défaut de paiement restent, semaine après semaine, au sommet de l’actualité. Les négociations sont dans l’impasse et une réunion de la dernière (sic !) chance est prévue à Bruxelles ce lundi 22 juin. Tsipras a d’ailleurs mis ce dimanche 21 la pression sur Angel Merkel indiquant qu’elle devrait y faire « un choix décisif ». Ambiance…. !

Pourtant, l’évènement le plus attendu cette semaine était le FOMC, c’est-à-dire la réunion du comité de politique monétaire de la Federal Reserve, la banque centrale américaine.  Personne ne s’attendait à ce que ses dix-sept membres, dont douze votants, ne relèvent le taux directeur mais les investisseurs espéraient entrevoir si elle le ferait en septembre.

Par contre, les dix-sept membres du comité ont aussi rempli le très attendu graphique « Dot Plot » où ils indiquent par une série de points où ils voient le taux Fed fund au cours de l’année courante, des deux prochaines et « à plus long terme ».




(Source:  Federal Reserve website)

A gauche, vous avez les avis de mars dernier et à droite, ceux de la réunion d’hier. On y voit clairement que même si une hausse des taux est toujours prévue en 2015, le tempo et l’amplitude de cette remontée a pris un peu de plomb dans l’aile. En mars ils étaient quatre à voir le Fed Fund au-dessus de 1% à fin 2015 contre zéro en juin. En mars toujours, ils étaient trois à le voir au-dessus de 3% à fin décembre et plus aucun en juin.

Selon le petit manuel du parfait cambiste, une monnaie dont le taux d’intérêt baisse ou s’annonce moins rémunérateur que prévu subit des dégagements et voit donc sa valeur baisser relativement aux autres monnaies. De plus, si les américains montent moins vite leur taux directeur, le choc n’en sera qu’atténué pour les pays émergents, qui ont toujours plus de mal que les pays développés à sourcer le billet vert pour leurs achats énergétiques ou l’accès aux marchés financiers. Cela s’est-il vérifié cette semaine ?

Devises des pays matures

De la théorie à la pratique, pour une fois, il n’y eut pas de loupé. Toutes les monnaies des pays développés ont enregistré des gains conte l’USD, l’indice DXY clôturant même sa troisième semaine de baisse consécutive en juin. Le recul cumulé du DXY depuis début juin approche les 4%. Les écarts dans la semaine sont restés plutôt contenus, entrainant une baisse globale de la volatilité implicite.




Cette baisse est aussi attribuable, à tort ou à raison, à l’absence d’évènement majeur, type FOMC,  la semaine prochaine. Sinon, quels ont été les quelques faits saillants ?

La livre sterling (GBP) a fait la course en tête, le GBPUSD gagnant 2,16% pour passer de 1,5547 à 1,5883. La Banque d’Angleterre (BOE) se réunissait aussi cette semaine. Elle a laissé son taux directeur et son programme de rachats d’obligations inchangés à la majorité absolue des neuf votes de son comité. Elle s’est montrée optimiste (« BOE SAYS STRENGTH OF HEADWINDS TO GROWTH HAVE STARTED TO EASE »). De plus, les chiffres de l’emploi sont ressortis dans le vert et la progression des salaires en rythme annuel s’est accrue de 2,3% à 2,7%. Il n’en fallut pas plus pour doper la livre. A brève échéance, un retour au-dessus des 1,6000 en GBPUSD, et vers 0.7000 en EURGBP, est envisageable si cette dynamique continue et que le dossier grec plombe l’Euro.

L’EURUSD d’ailleurs, parlons-en. Malgré la Grèce, il a continué de monter, s’offrant même un saut de puce et un plus haut d’un mois au-dessus des 1,1400 après le FOMC. Vendredi, en l’absence de statistiques américaines majeures, il a re-cédé du terrain, uniquement influencé par l’échec de la réunion de l’Eurogroupe et les déclarations plus ou moins musclées de toutes les parties. A 1,1350, il est en position d’attente.

Par contre, il est pertinent de noter que même si la volatilité implicite a baissé sur le marché des options de change, d’aucuns ont certainement acheté de la protection à la baisse de l’EURUSD en fin de semaine (achat de put EUR call USD) en cas de défaut grec. Le risk-reversal de maturité 1mois et de delta25 est passé ce vendredi de 1,2 à 2 volatilités en faveur de la baisse (graphique ci-dessous). Un point bas pas vu depuis fin février et une amplitude de baisse intraday inégalée depuis la dégringolade historique de l’EURCHF en janvier quand la banque centrale Suisse (BNS) avait soudainement arrêté de défendre le niveau des 1,2000 en EURCHF. Méfiance donc.




La BNS tenait d’ailleurs aussi sa réunion de politique monétaire cette semaine. Elle a laissé inchangé ce jeudi le taux de rémunération des dépôts à son guichet à -0.75% tout en ajoutant qu’elle trouvait le franc suisse (CHF) toujours surévalué. Elle a très légèrement révisé les perspectives d’inflation à la baisse  pour les années qui viennent et souligné les risques que faisaient peser la situation grecque sur l’économie européenne. Certains espéraient un message un peu plus ferme de la BNS et le franc suisse s’est renchéri sur la nouvelle pour finir la semaine sur un gain de 1,25% contre USD quand l’EUR n’affiche que +0,86%.

Enfin, la banque centrale de Norvège (Norges Bank) a abaissé de 25 points de base son taux directeur à 1,00% et sa prévision de croissance du PIB pour 2015 de 1,5% à 1,25%, ainsi que pour les deux prochaines années. La couronne norvégienne (NOK) a logiquement reculé de 1,2% sur la semaine contre EUR. La Norges Bank, disant craindre une récession, a laissé la porte ouverte à d’autres réductions de taux. Personnellement, je ne vois pas ce qu’un pays de cinq millions d’âmes riche en pétrole et ayant un fond de pension souverain d’une valeur de 6 869 378 541 803 NOK (soit 777 milliards d’euros, Norges Bank Investment Fund, http://www.nbim.no/en/)   peut vraiment avoir comme problème économique, à part des problèmes de riches, et, éventuellement, de carence en vitamine D durant l’hiver polaire. Je ne vois donc pas (très modestement) la pertinence d’y avoir une politique monétaire basée sur les taux d’intérêt. Prenons l’exemple d’un autre état-coffre-fort qu’est Singapour, la banque centrale (Monetary Authority of Singapore, MAS) administre la politique économique en encadrant uniquement les variations du taux de change. Quand la volatilité en USDNOK à 1 an est à 12,80, celle de l’USDSGD est à 6,45 (le SGD est le dollar de Singapour). Cela semble plutôt édifiant (vos commentaires et objections sont les bienvenus dans ma boite mail !).


 

Devises des pays en développement

La théorie s’est aussi vérifiée en pratique sur les marchés émergents. Si les sages de la FED prévoient une remontée moins rapide du taux directeur, c’est tout bénéfice pour les marchés émergents.

Cela ne s’est pas trop vu sur les cours de bourse, l’indice MSCI Marché émergents enregistrant une petite baisse cette semaine encore. Et si cette indice a baissé, c’est en raison de la chute de la Bourse en Chine par peur d’éclatement d’une bulle spéculative après six premiers mois spectaculairement haussiers. Le 24 décembre 2014 le « Shanghai Composite Index » valait 2 972,53 points et vendredi 12 juin 2015, il en valait 5 166,35….,soit une hausse de 73,80 %, alors que l’on ne parle que de décélération en Chine. Résultat des courses, un petit vent de panique cette semaine et un gadin de presque 14% puisque l’indice a clôturé ce vendredi 19 juin à 4 478,36 comme le montre le graphique ci-dessous. Mais, comme de bien entendu, cela ne s’est presque pas vu sur la monnaie chinoise (CNY), fort encadrée au quotidien, et qui ne perd que 0,02% sur la semaine contre USD. 



 
Il n’y a pas eu de contagion aux autres monnaies d’Asie qui finissent la semaine dans le vert ni aux autres grandes devises des pays en développement qui enregistrent même parfois de belles progressions dans un contexte général de baisse de la volatilité implicite que ce soit sur la partie courte (1mois) ou la partie longue de la courbe (1 an).

C’est le rouble (RUB) qui enregistre la plus belle progression, l’USDRUB perdant 2,19% sur la semaine. La banque centrale de Russie a poursuivi sa politique de normalisation des taux d’intérêt, baissant à nouveau celui-ci de 50 points de base pour le ramener à 11,50%. Pour mémoire, elle l’avait porté à 17,00% le 16 décembre dernier en plein dévissage du RUB alors que l’USDRUB valait 70,00. L’économie russe continue de digérer la baisse du pétrole et les sanctions prises par les occidentaux à cause du conflit ukrainien. La production industrielle a chuté de 5.5% en rythme annuel en mai et même si la banque centrale normalise son taux directeur à pas mesurés, sa présidente,  Elvira Nabiullina, a indiqué que l’économie russe n’avait pas encore complètement fini de s’ajuster.

Il s’agit donc de rester prudent sur les marchés émergents mais aussi développés. Pas plus tard que ce lundi, les cartes peuvent être sévèrement rebattues en fonction du « succès » ou non de la réunion exceptionnelle qui se tient à Bruxelles au sujet de la Grèce. La Grèce FED plus que jamais l’actualité.
 
Bonne semaine.



(Mis en ligne le 21 Juin 2015)

Articles similaires
Un marché en Trump-l’œil ?BDD Options de change : mise à jour au 9 Novembre...BDD Options de change : mise à jour au 28 Sept....Vaste lâcher de colombes, de Tokyo à New YorkMarchés financiers et des changes : la fin de...Une rentrée des marchés de change atone…UN jour, la FED finira par remonter son taux...Du Brexit à la Guerre des Monnaies ?Coup de Trafalgar, coup de chauffe, mais pas...Les banques centrales muselées par le BrexitLe marché devient-il foot ?Beaucoup de bruit pour Juin ?Une semaine en mode Festival de CalmeVendez en Mai (....mais quoi ?), et fuyez (…mais...Rallye de printemps, plus pour longtemps?Une semaine PAQUES comme les autres !!Çà FED du bien…. Au moins à court terme !!MOINS par MOINS fait-il vraiment PLUS ?Deux dates à retenir : le 10 mars et le 23 juinDeux jours pour tenter de rassurer le mondeMarché des changes : toujours autant de...An 2016, Semaine 1… Et déjà la gueule de bois...Le Réveil de la Fed. Qu’annonce-t-il pour 2016...Les marchés capitulent avant la trêve (….et la...Le marché est-il plus royaliste que le roi ou le...Une semaine à oublier !!Fed et BCE sur une trajectoire de plus en plus...La BCE soutient le redécollage, la PBOC gère...Les marchés ne franchissent pas le RubiconDrôle de trame…Le marché a du plomb dans le dies-aile!La Fed passe….et Manque ???Montera ou montera pas… ?C’est la rentrée….. Pour les banques centrales...Une nouvelle guerre des monnaies, vraiment ?L’été s’ra chaud ?50 nuances de GrèceDrôle de Drachme….Grèce over !!??Pris en sandwich, le marché frôle...Le marché des changes tourne en rond, voire en...Grèce anatomyLe dollar joue aux montagnes russesCorrection bien ordonnée commence par soi-même :...Pas de pont en mai sur les marchésUSD : Pause ou fin de partie ?Le dollar davantage discutéEt s’il n'en reste qu’un, le dollar sera...Dans quel panier mettre ses œufs ?Poisons d’Avril ?L’alternative du diableL'euro à 1,0844 : retour vers le futur