Se connecterS'abonner en ligne

Et s’il n'en reste qu’un, le dollar sera celui-là…

Référence de l'article : CP4502
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Rémy COVAREL,(11 avril 2015)

J’espère ne pas faire trembler la montagne Sainte-Geneviève, au Panthéon de laquelle Victor Hugo repose, ni encourir les « Châtiments » de celui-ci en détournant un de ses plus célèbre vers.  Mais force est de constater qu’après trois semaines de consolidation, le dollar est reparti à la hausse de plus belle contre (presque) tout le monde.

Mieux. Ou, pire. En tout cas, c’est comme cela; dans une semaine sans événement majeur, le marché a eu tôt fait de se débarrasser des tensions internationales, de positiver par rapport au fort mauvais chiffre de NFP de vendredi dernier, et de ne retenir qu’une chose de la publication, ce mercredi,  des minutes de la réunion de mars de la Réserve Fédérale : la porte n’est pas explicitement fermée à une hausse des taux d’intérêt aux États-Unis dès le mois de juin malgré l’accès temporaire de faiblesse de l’économie américaine au premier trimestre.

Et histoire de contenter tout le monde, le WTI a repris 3 % sur la semaine, tout comme l’eurostoxx 50, mais aussi l’indice DXY (mesure de la force relative de l’USD contre six devises majeures : EUR, JPY, CAD, GBP, SEK, CHF). Après avoir ouvert la semaine à 96,30 après trois semaines de baisse consécutives, il termine à 99,36 et se rapproche à nouveau de la barre des 100.
 

Devises des pays matures

Seul le dollar australien (AUD) aura résisté au dollar américain (USD) cette semaine et enregistre une légère progression de 0,63% en AUDUSD. Il faut dire que, mardi, la Banque centrale australienne a déjoué les pronostics en laissant son taux directeur inchangé à 2,25%. Elle est certes restée sur le même constat d’une économie en croissance moindre à cause d’une faible demande domestique et de faibles investissements et  a aussi indiqué qu’un AUD plus faible était dans l’intérêt de l’économie australienne et qu’elle ne s’interdisait pas de baisser son taux directeur dans le futur. Néanmoins les investisseurs étaient très largement positionnés à la baisse de l’AUDUSD et ont passé leur tour !
Pour le reste, sans surprise, c’est l’EURUSD, incapable depuis le 19 mars de consolider une antépénultième fois au-dessus des 1,1000 (niveau encore une fois atteint le 6 avril)  qui a enregistré la glissade la plus systématique et irréversible, postant quatre jours de baisse consécutive et un plus bas hebdomadaire à 1,0568, avant de se stabiliser à grand-peine sur les 1,0600.
Le marché dans son ensemble ne retient qu’une chose : la Fed va monter son taux directeur, la BCE commence son programme de quantitative easing. Dans la même veine, la Suisse a été le premier pays à lever des capitaux à 10 ans au taux négatif de -0,05 %. Cela a aussi pesé dans la balance. 
En ces temps où le rapport risque/rendement est largement distordu par le poids des dettes souveraines et les interventions des banques centrales dans les pays développés, la tendance actuelle me semble devoir perdurer, avec par-dessus tout un EURO plus bas encore, surtout si les prix du pétrole ne remontent pas.
L’autre élément qui ne se reflète pas directement dans les cours, mais dans la manière dont les monnaies fluctuent, est une certaine crispation des intervenants et une liquidité parfois fragmentée. Souvent, dans mes chroniques hebdomadaires, je mentionne considérer que l’inversion des courbes de volatilité implicite, à savoir quand le court terme (1 mois) vaut plus cher que le long terme (1 an), est un indicateur de stress. Jetez un œil sur le tableau des volatilités de la semaine et vous constaterez que c’est le cas en EURUSD, GBPUSD, EURGBP, USDCHF, AUDUSD et qu’en USDCAD le 1mois est égal au 1an. À l’exception de l’USDBRL et de l’USDRUB, ce n’est pas le cas sur les principales devises des pays en développement cette semaine…. C’est le monde à l’envers !


 

Devises des pays en développement

Une des grandes richesses du marché des changes, ce qu’il est absolument relatif et que ce qui est vrai aujourd’hui l’est relativement et sera certainement faux demain. Si le dollar a imposé sa force cette semaine à toutes les devises des pays matures, il y a fort à parier que les devises des pays en développement, extrêmement sensibles aux variations de l’USD,  aient pris le bouillon…. Que nenni ! La semaine fut fort contrastée.

Certes, sa majesté le yuan (CNY) a très légèrement trébuché, l’USDCNY n’arrivant pas à rester sous les 6,20 pour la deuxième semaine consécutive. Ce ne fut pas le cas de la roupie indonésienne (IDR), ni de la roupie indienne (INR). Le pays des vaches sacrées semble d’ailleurs filer un bon coton, puisque l’agence de notation Moody’s a annoncé ce soir avoir relevé la perspective de la note à long terme de l’Inde de stable à positive ce qui implique la notation « Baa3 » du pays pourrait être relevée d’un cran dans 12 à 18 mois.

Le peso mexicain (MXN), la livre turque (TRY) et le rand sud-africain (ZAR), en l’absence de facteurs locaux déterminant, ont eu tous trois un comportement moutonnier vis-à-vis de l’USD.
Le Real brésilien (BRL) ne s’en est pas laissé compter. L’économie brésilienne devrait se contracter de 1 % sur l’année selon le FMI. Le scandale Petrobras a écorné l’image du pays auprès des investisseurs. La popularité de la présidente Dilma Roussef est au plus bas (13% !!). Et les manifestations populaires demandant son départ s’enchaînent ; la prochaine est ce dimanche. Mais, là aussi, d’aucuns se disent que toutes les mauvaises nouvelles sont dans les cours et qu’il est peut-être temps de se repositionner, car là aussi le taux directeur est attractif et la bourse a perdu un quart de sa valeur au deuxième semestre 2014. De plus, l’orthodoxie politique du ministre des finances Joaquim Lévy plaît aux marchés financiers et ce n’est pas un secret que Dilma Rousseff et lui ne sont pas les meilleurs amis du monde. Dans ce contexte, le BRL s’est offert un petit pied de nez au roi dollar se renforçant de 1,5 % sur la semaine à 3,0754 contre 3,1229 vendredi dernier.



Si le dollar américain est le centre de la galaxie forex,  il y a cependant une devise qui semble évoluer dans un monde parallèle depuis plusieurs mois. C’est le rouble (RUB) bien évidemment. Il a vu sa valeur divisée par deux contre USD de juin 2014 jusqu’à début février 2015, pour cause de guerre en Ukraine ayant entraîné sanctions économiques, et de chute brutale des cours du pétrole. Il n’a pas profité du rallye des devises émergentes en fin d’année 2014.

Rien n’a vraiment changé. Le conflit est toujours larvé en Ukraine, les sanctions ont été prolongées par l’union européenne jusqu’à la fin de l’année, le prix du pétrole navigue toujours autour des 50 dollars le baril et l’économie russe devrait se contracter de 3,5 % à 5 % en 2015. Cependant, depuis fin janvier, la monnaie russe ne fait que se renforcer et a refait plus du tiers du chemin comme le montre le graphique ci-dessous. Il semble que toutes les mauvaises nouvelles soient déjà dans les cours du rouble et que le taux d’intérêt servi le rende de nouveau alléchant.




Et cette semaine n’a pas dérogé à la règle. Le RUB est allé jusqu’à gagner plus de 11 %, entrainant vendredi l’USDRUB a un plus bas de 50,31 avant que sous l’action de la banque centrale de Russie, l’USDRUB ne remonte à 53,5858 en fin de séance. Dans une tentative manifeste d’endiguer ce trop fort rallye haussier, la banque centrale de Russie a annoncé augmenter le taux d’intérêt minimum de ses adjudications en devises étrangères (http://www.cbr.ru/eng/press/PR.aspx?file=10042015_141139eng_dkp2015-04-10T14_05_57.htm).
Les cambistes frétillent déjà de retrouver la semaine prochaine du concret, du tangible,  avec le meeting de politique monétaire de la banque centrale européenne à Francfort et sa célébrissime conférence de presse avec Super Mario à la baguette. Ce sera pour le 15 avril et cela devrait être le point d’orgue de la semaine.
Bonne semaine.




(Mis en ligne le 11 avril 2015)

Articles similaires
Un marché en Trump-l’œil ?BDD Options de change : mise à jour au 9 Novembre...BDD Options de change : mise à jour au 28 Sept....Vaste lâcher de colombes, de Tokyo à New YorkMarchés financiers et des changes : la fin de...Une rentrée des marchés de change atone…UN jour, la FED finira par remonter son taux...Du Brexit à la Guerre des Monnaies ?Coup de Trafalgar, coup de chauffe, mais pas...Les banques centrales muselées par le BrexitLe marché devient-il foot ?Beaucoup de bruit pour Juin ?Une semaine en mode Festival de CalmeVendez en Mai (....mais quoi ?), et fuyez (…mais...Rallye de printemps, plus pour longtemps?Une semaine PAQUES comme les autres !!Çà FED du bien…. Au moins à court terme !!MOINS par MOINS fait-il vraiment PLUS ?Deux dates à retenir : le 10 mars et le 23 juinDeux jours pour tenter de rassurer le mondeMarché des changes : toujours autant de...An 2016, Semaine 1… Et déjà la gueule de bois...Le Réveil de la Fed. Qu’annonce-t-il pour 2016...Les marchés capitulent avant la trêve (….et la...Le marché est-il plus royaliste que le roi ou le...Une semaine à oublier !!Fed et BCE sur une trajectoire de plus en plus...La BCE soutient le redécollage, la PBOC gère...Les marchés ne franchissent pas le RubiconDrôle de trame…Le marché a du plomb dans le dies-aile!La Fed passe….et Manque ???Montera ou montera pas… ?C’est la rentrée….. Pour les banques centrales...Une nouvelle guerre des monnaies, vraiment ?L’été s’ra chaud ?50 nuances de GrèceDrôle de Drachme….Grèce over !!??La Grèce FED toujours l’actualitéPris en sandwich, le marché frôle...Le marché des changes tourne en rond, voire en...Grèce anatomyLe dollar joue aux montagnes russesCorrection bien ordonnée commence par soi-même :...Pas de pont en mai sur les marchésUSD : Pause ou fin de partie ?Le dollar davantage discutéDans quel panier mettre ses œufs ?Poisons d’Avril ?L’alternative du diableL'euro à 1,0844 : retour vers le futur