Se connecterS'abonner en ligne

An 2016, Semaine 1… Et déjà la gueule de bois !!!

Référence de l'article : CP5062
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Rémy COVAREL,(9 Janvier 2016)

Samedi dernier, 1er Janvier 2016, je veillais un-peu-beaucoup-trop-tard, probablement encore calé sur les horaires des agapes de Noël et du jour de l’an, quand mon téléphone portable vibra. L’empoignant presque machinalement je découvris, non pas un SMS me souhaitant la bonne année, mais une alerte m’informant que l’indice PMI pour le mois de décembre en Chine était sorti à 49.7 (rappelons que cet indice en-dessous de 50 signifie une contraction de l’activité).

J’avoue avoir instantanément pensé que le marché allait détester cette statistique et commencer l’année avec une très grosse gueule de bois. Pourquoi ? Parce que c’est le cinquième mois de suite que l’industrie manufacturière chinoise publie une statistique en (légère) contraction ; c’est inédit depuis 2008 et la crise des subprimes. Cela ne pouvait qu’ajouter aux incertitudes et aux déséquilibres multiples qui secouent l’économie mondiale (pétrole très bas, tensions géopolitiques, panne de la croissance mondiale, déséquilibres climatiques renforcés par El Nino).

Et effectivement, lundi 4 janvier, les compteurs à peine remis à zéro, les bourses chinoises, puis les autres places financières, ainsi que les marchés de matières premières, chutèrent lourdement et à répétition durant la semaine, pour ne retrouver qu’un semblant d’équilibre sur la séance de ce vendredi.

Sur la semaine, toutes les places boursières ont perdu en moyenne 6,5 % (Shanghai frôlant les 10%), le pétrole 8 %, les métaux de base 4 %, les taux d’intérêt souverain à 10 ans des USA et de l’Eurozone 11 points de base. A contrario l’or, valeur refuge par excellence,  a « rajaunit » s’adjugeant près de 4 % pour repasser au-dessus de la barre symbolique des 1100 USD l’once (un plus haut de 2 mois). Le marché des changes a lui aussi été passablement affecté par ce début d’année calamiteux. Voyons cela en détail.

Devises des pays matures

Quand les marchés décrochent (on dit alors qu’ils sont en mode « risk-off ») le comportement Panurgesque par excellence est de réduire les positions et de se reporter sur les valeurs sûres, ce qui n’est pas si bête dans l’absolu.

Les cambistes ne se sont pas rués sur l’euro. La paire EURUSD affiche un gain contenu sur la semaine de +0,61%. Mais il y a eu un peu de swing. L’EURUSD a baissé les trois premiers jours et flirté avec les 1,0700 car tous les opérateurs, la gueule de bois aidant, se sont rués vers le dollar américain. Mais il est remonté assez facilement jeudi et vendredi pour finir à  1,0922 sur le fait que le chômage en zone euro a baissé à 10,5 % (un plus bas depuis quatre ans) et malgré le fait que l’économie américaine ait créé 292 000 emplois au mois de décembre, plus que ce que les économistes attendaient. Comme je le disais en fin d’année dernière, la parité en EURUSD pourrait se révéler difficile à atteindre. Même si la Fed a remonté son taux directeur en décembre et que les politiques des deux côtés de l’Atlantique sont bien divergentes, tant que l’inflation aux USA ne convergera pas vers 2 % la Fed ne sera pas autrement  proactive. Ce constat ressort de la publication des minutes du meeting de décembre de la Fed. 1,0500 – 1,1500 est un range qui a certainement encore quelques beaux jours, voire quelque belles semaines, devant lui.

Le JPY est traditionnellement et depuis longtemps une monnaie refuge en cas d’aversion au risque. Quelles que soient les difficultés économiques de l’archipel nippon, les Japonais détiennent une immense partie de leurs dettes ce qui rassure les investisseurs puisqu’en achetant du JPY ils achètent une monnaie et un risque davantage « pure player » qu’avec d’autres grandes monnaies. De plus, la baisse des prix de l’énergie ne peut qu’améliorer la balance commerciale. Celle-ci était déficitaire de pratiquement 900 milliards de yens en 2014 et ce trou a été ramené en 2015 à moins de 400 milliards. Certes cela ne fera pas repartir l’inflation, mais cela renflouera le bas de laine des Japonais…. Et pourrait relancer la consommation intérieure dans les prochains mois. Voilà pourquoi l’USDJPY a perdu 2,73 % cette semaine pour revenir tutoyer les 117,26, seuil plus vu depuis février 2015.

Le franc Suisse (CHF) est lui aussi traditionnellement « neutre » et apprécié des cambistes en cas de turbulences sur les marchés. Mais payer un taux d’intérêt négatif de 75 points de base pour détenir une monnaie, cela ne fait rêver personne. Ceci explique que le CHF ne se soit apprécié que de 0,39% contre l’USD et soit resté pratiquement inchangé contre EUR cette semaine.

Je parlais de gueule de bois en titre de cet article. George Osborne, le chancelier de l’échiquier, a filé la métaphore, en parlant de « dangerous cocktail » de menaces sur l’économie anglaise cette semaine. Au-delà de celles qui planent sur tous les pays (chine, pétrole, géopolitique, climat), une qui est typiquement anglaise est le référendum à venir sur la sortie ou non de l’Union Européenne du Royaume-Uni. Le fameux « Brexit ».  Je m’époumone à le répéter à longueur de chroniques, les investisseurs n’aiment que les certitudes. Le « Brexit » pèse déjà et va continuer à peser sur la livre sterling (GBP), preuve en est le recul presque symétrique de celle-ci contre l’USD et l’EUR cette semaine. Le GBP a clôturé sur des niveaux très importants contre EUR (0,7500) et USD (1,4500). Les prochaines semaines pourraient continuer à être volatiles. Le marché est positionné à la baisse du GBP, même contre EUR, comme le montre le risk reversal 25 de Delta de maturité « 1an » qui vaut 0.8175 volatilité de plus en faveur de la hausse que de la baisse de l’EURGBP, un niveau pas vu depuis fin 2010 (graphique ci-dessous).




(Source: Bloomberg)

Baisse du prix du pétrole, des métaux de base, ralentissement chinois, le breuvage est imbuvable pour le dollar australien (AUD) qui trébuche de 4,79 % contre USD pour finir proche des 0 ,6950. Là aussi, il faudra voir comment le marché corrige ou non autour de ce niveau dans les prochains jours pour déterminer si la baisse peut encore s’accentuer et aller chercher les plus bas de 2009, soit 0,6400.

Le dollar canadien (CAD) résiste un peu mieux ne perdant que 2,29 %, la croissance américaine faisant office  d’amortisseur aux yeux des investisseurs par rapport au dollar australien qui est plus influencé par la Chine. Il n’empêche que 1,4172 est un niveau que l’USDCAD n’avait plus atteint depuis 2003 (ce qui veut dire grosso modo que la moitié des opérateurs de marché ne l’avait jamais vu à ce niveau-là ( :- )) !). Il n’est pas là non plus exclu que la tendance ne se poursuive jusque vers 1,4500.

Même si elle reste sur des niveaux de valorisation proches de ses plus bas historiques contre USD et EUR, la couronne norvégienne (NOK) a  mieux résisté, ne perdant que 0,86 % contre EUR et 0,45 % contre USD. Le gouverneur de la banque centrale s’est voulu rassurant sur l’évolution à terme du prix du pétrole cette semaine et de plus les exportations de saumon pour 2015 ont atteint un record historique à 75 milliards de NOK en hausse de 8,4 % par rapport à 2014.

Devises des pays en développement

Dans un tel contexte, les devises émergentes ne pouvaient que souffrir. Surtout qu’en plus, la PBOC, la banque centrale chinoise, a fixé la parité USDCNY pour le premier jour de l’année à 6,5032 puis 6,5169 mardi, 6,5314 mercredi, 6,5646 jeudi avant de finalement laisser souffler tout le monde vendredi en affichant 6,5636 (!!). Rappelons que l’USDCNY est autorisé à fluctuer librement dans une bande de +/ -2 % autour de cette parité fixe chaque jour sur le marché au comptant local. L’USDCNY a finalement terminé la semaine à 6,5948 en hausse de 1,56 %, un niveau plus vu depuis début 2011.

L’écart entre le fixing du mardi et du mercredi  (+332 pips d’un coup) a un peu mis le feu aux poudres. La volatilité intrinsèque a bondi de 45% sur la maturité 1mois atteignant 9,00 soit un niveau qui prévalait lors de la dévaluation de 3 % du CNY en août dernier. Le prix à terme à 1an de l’USDCNY sur le marché off-shore (ligne rouge), qui était déjà passé au-dessus du prix à terme sur le marché local (ligne verte) lors de la dévaluation du mois d’août a continué de progresser plus vite cette semaine et « prédit » maintenant un cours de l’USDCNY à 6.9565 dans un an.




(Source: Bloomberg)

Le message paraît clair. Les autorités chinoises adapteront la parité de leur monnaie au gré de la baisse de leur croissance. Cela s’appelle une dévaluation compétitive, ou plus prosaïquement, la « guerre des monnaies ». Rien de bien nouveau et que d’autres pays  n’aient déjà employé. Les Chinois ont de plus les moyens financiers de leur politique, car même si les réserves de change ont baissé de 100 milliards d’USD entre novembre et décembre (preuve de la faiblesse des entrées de capitaux et/ou de l’emploi des réserves pour tempérer les soubresauts de l’USDCNY) il leur reste la modique somme de 3 330 milliards d’USD pour manœuvrer.



En Asie, sans surprise, les monnaies des principaux pays exportateurs ont très mal réagi, le ringgit malais (MYR) et le won coréen (KRW) perdant 2,1 % sur la semaine. Les deux roupies (INR et IDR) ont mieux résisté, perdant moins de 1 %. Même si la Chine décélère et fait peser un poids sur le commerce régional en Asie,  la baisse du pétrole est une aubaine pour l’Inde et l’Indonésie. Les cambistes ont très certainement arbitré les monnaies régionales les unes contre les autres en ce sens.



Partout ailleurs la facture a été salée. Les devises des principaux pays en développement ont perdu entre 1,68% (real brésilien, BRL) et 4,5 % (rand sud-africain, ZAR) sur la semaine. Beaucoup s’approchent ou ont franchi des paliers importants, voire historiques : l’USDBRL est à nouveau au-dessus de 4,0000, l’USDTRY au-dessus de 3,0000 et l’USDZAR largement au-dessus de 16,0000, l’USDMXN se rapproche des 18,0000 et l’USDRUB des 75,0000.

Puisque nous parlons du pétrole et des effets pervers de sa baisse brutale, intéressons-nous un instant aux monnaies du Golfe surtout que les tensions géopolitiques se sont encore accentuées entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Toutes les monnaies des pays du Golfe sont arrimées de façon fixe à l’USD au comptant (on appelle cela un « peg »). Comme cette valeur est fixe, les éventuelles tensions ne peuvent pas se refléter sur le cours comptant de ces monnaies, tant que la banque centrale peut en défendre la valeur. Par contre, elles se reflètent sur le cours à terme qui est composé du cours au comptant et des points de swap (différentiel de taux d’intérêt sur une période de temps entre  deux monnaies échangées).

Sur le graphique ci-dessous vous voyez l’évolution des points de swap sur les monnaies d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Qatar et des Émirats arabes unis contre l’USD. Ils ont tous violemment décalés à la hausse ces derniers mois et notamment cette semaine, signe que les investisseurs ont acheté l’USD et vendu les monnaies du Golfe. J’ai fait partir ce graphique de 2008, date de la dernière crise financière de ces pays  On voit que le Koweït (ligne jaune) est moins sous pression qu’il ne l’a été en 2008, de même marginalement pour le Qatar et l’UAE. En bleu, on voit que l’Arabie Saoudite est très clairement sous pression.



(Source: Bloomberg)

L’Arabie Saoudite a donc mis le feu aux poudres en déclenchant la baisse du prix du pétrole en 2015 pour des raisons géopolitiques et risque maintenant d’en pâtir. Sa monnaie risque-t-elle de dévaluer ? Pas immédiatement. Sur les 750 milliards de dollars de réserves de change estimé par le FMI à fin 2014, l’Arabie Saoudite n’en a utilisé pour l’instant qu’une centaine en 2015 pour combler son déficit budgétaire. La famille Al Saoud s’active d’ailleurs pour renflouer les caisses : augmentation des prix des produits pétroliers (le litre de carburant est passé de 14 à 26 centimes à la pompe), des tarifs de l’électricité, de l’eau, du tabac, possible introduction d’une TVA en 2016. Et ce n’est pas une coïncidence si des rumeurs se sont faites jour cette semaine sur possible introduction en bourse de la puissante compagnie pétrolière nationale Aramco qui a des réserves de pétrole dix fois supérieures à celles de l’américain ExxonMobil. Il ne reste pas moins que le coût de couverture sur ces monnaies pour les exportateurs européens, sans être devenu complètement prohibitif, s’est brutalement renchéri ces deux derniers mois et pourrait continuer.


Comme si la coupe n’était pas pleine, au chapitre des devises en perdition, celles qui font partie de ce que j’appelle au quotidien le « Déval Club », car elles ont dévalué dans les 12 derniers mois et continuent à glisser dangereusement, j’attire votre attention sur le peso argentin (ARS) qui perd encore près de 7 % sur la semaine à 13,8750 et le Kwanza angolais (AOA) que les autorités de Luanda ont fait glisser de 17% contre USD (135 à 159) pour cause de baril de pétrole à 33 $ (c’est pratiquement l’unique ressource exportatrice de l’Angola).

Que voilà un mauvais début d’année. La sanction est rude par rapport aux efforts déployés par les banques centrales qui, malgré maintenant plus de 8 ans d’interventionnisme, n’ont pu empêcher la machine économique mondiale de se gripper d’avantage ni l’explosion de la dette privée et publique un peu partout.

Malgré le renchérissement du coût, il ne faut pas non plus hésiter à couvrir ses risques exports au moins à court terme pour les protéger en volume et en valeur, soit par des ventes à terme, soit par des produits optionnels simples (EUR Calls,  risk-reversals, three-ways, etc…). Par chance pour l’instant, sur les devises du G10, voire certaines devises émergentes (CNY, INR, MXN notamment), la volatilité intrinsèque n’est pas encore très chère.

Bonne semaine.



(Mis en ligne le Samedi 9 Janvier 2016)

Articles similaires
Un marché en Trump-l’œil ?BDD Options de change : mise à jour au 9 Novembre...BDD Options de change : mise à jour au 28 Sept....Vaste lâcher de colombes, de Tokyo à New YorkMarchés financiers et des changes : la fin de...Une rentrée des marchés de change atone…UN jour, la FED finira par remonter son taux...Du Brexit à la Guerre des Monnaies ?Coup de Trafalgar, coup de chauffe, mais pas...Les banques centrales muselées par le BrexitLe marché devient-il foot ?Beaucoup de bruit pour Juin ?Une semaine en mode Festival de CalmeVendez en Mai (....mais quoi ?), et fuyez (…mais...Rallye de printemps, plus pour longtemps?Une semaine PAQUES comme les autres !!Çà FED du bien…. Au moins à court terme !!MOINS par MOINS fait-il vraiment PLUS ?Deux dates à retenir : le 10 mars et le 23 juinDeux jours pour tenter de rassurer le mondeMarché des changes : toujours autant de...Le Réveil de la Fed. Qu’annonce-t-il pour 2016...Les marchés capitulent avant la trêve (….et la...Le marché est-il plus royaliste que le roi ou le...Une semaine à oublier !!Fed et BCE sur une trajectoire de plus en plus...La BCE soutient le redécollage, la PBOC gère...Les marchés ne franchissent pas le RubiconDrôle de trame…Le marché a du plomb dans le dies-aile!La Fed passe….et Manque ???Montera ou montera pas… ?C’est la rentrée….. Pour les banques centrales...Une nouvelle guerre des monnaies, vraiment ?L’été s’ra chaud ?50 nuances de GrèceDrôle de Drachme….Grèce over !!??La Grèce FED toujours l’actualitéPris en sandwich, le marché frôle...Le marché des changes tourne en rond, voire en...Grèce anatomyLe dollar joue aux montagnes russesCorrection bien ordonnée commence par soi-même :...Pas de pont en mai sur les marchésUSD : Pause ou fin de partie ?Le dollar davantage discutéEt s’il n'en reste qu’un, le dollar sera...Dans quel panier mettre ses œufs ?Poisons d’Avril ?L’alternative du diableL'euro à 1,0844 : retour vers le futur