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Le yuan glisse, glisse...Jusqu'où ? Jusqu'au niveau (provisoire) des droits de douane US (potentiels) ?

Référence de l'article : CDY6991
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écrit par Véronique RICHES-FLORES,Présidente,RICHES-FLORES RESEARCH (22 Juillet 2018)

La guerre commerciale entre les États-Unis et le reste du monde bat son plein et vire à la guerre des changes, en attendant, comme d’aucuns l’envisagent, qu’elle aboutisse in fine à abaisser les tarifs douaniers plutôt que l’inverse, une fois que D. Trump aura suffisamment fait trembler la planète...

Si la Chine n’a pas officiellement dévalué sa monnaie, évitant par là même le fracas qu’avait causé son action d’août 2015, nul n’est besoin de faire grand-chose, il lui suffit de laisser aller le yuan là où les marchés, logiquement, le poussent : le taux de change a ainsi perdu plus de 5 % de sa valeur contre le billet vert depuis la mi-juin, sans que les autorités n’interviennent, tout au moins jusqu’à ce vendredi. Les conséquences d’une dépréciation du yuan d’ampleur significative seraient considérables à l’échelle mondiale. Dépassant largement la sphère du conflit sino-américain, elles pourraient sans tarder rebattre l’ensemble des cartes des perspectives économiques et financières internationales.

La devise chinoise se rapproche de ses plus faibles niveaux de 2016 à grande vitesse

La dépréciation du yuan n’a que peu préoccupé jusqu’à récemment ; la devise chinoise s’était fortement appréciée depuis le printemps de l’année dernière, ce qui autorisait une certaine complaisance à l’égard de ce qui pouvait être considéré comme une simple correction. La perception a commencé à changer au fur et à mesure de l’amplification du mouvement de ces derniers jours.

Dorénavant, à deux doigts de ses points bas de 2016, la devise chinoise menace de décrocher davantage. En dépit des réserves que l’on peut émettre sur un tel scénario (voir à ce sujet « La force tranquille de Xi Jinping »), nul ne peut exclure une telle hypothèse dans le contexte d’extrêmes tensions commerciales en présence et compte-tenu de la configuration technique en présence. Selon Valérie Castaldy de Day By Day, la tendance de la devise chinoise reste baissière, avec un risque significatif que le dollar franchisse le niveau de 7,06CNY, correspondant à l’ouverture de la zone de retracement allant jusqu’à 7,41CNY.

Il s’agirait d’une dépréciation supplémentaire de 4 % à 10 % par rapport au taux de change actuel du Renminbi qui, sans être particulièrement forte par rapport aux épisodes comparables de dépréciations de grandes devises (le yen à l’arrivée de Shinzo Abe, l’euro à l’annonce du QE de la BCE, la livre après le référendum), constituerait, à n’en pas douter, un développement particulièrement préoccupant pour les perspectives économiques mondiales, avec pour premières victimes les autres pays d’Asie, mais vraisemblablement également très rapidement, les économies de la zone euro dont la monnaie s’est en définitive le plus appréciée vis-à-vis du yuan depuis l’élection de D. Trump.

Le cours du yuan, pivot de la compétitivité internationale

L’évolution du yuan s’est imposée comme un facteur dominant dans l’évolution de la compétitivité internationale au fur et à mesure de la montée en puissance de la Chine dans le commerce mondial ces trois dernières décennies.

En Asie, la Banque des Règlements Internationaux attribue plus de 25 % à la monnaie chinoise dans la détermination des taux de change effectifs nominaux du yen, du won coréen ou encore du dollar taïwanais. Bien que moins fortes pour les autres économies de la région – 20 % pour l’Inde, l’Indonésie ou Singapour —, ces pondérations témoignent de la dépendance des économies de la région à leur grand voisin chinois qui, au-delà, est une interdépendance régionale très forte, à l’instar de ce que peuvent être les relations très imbriquées entre les pays européens.


 
Les échanges intra-asiatiques émergents représentent aujourd’hui un cinquième des échanges planétaires, en effet ; le double qu’en 2000 et quasiment un tiers de plus qu’en 2008, en large partie alimentés par le flux de marchandises à destination du reste du monde, au fil des différentes étapes de leur chaîne de production.



Les effets des perturbations des marchés des changes parmi les partenaires d’Asie se diffusent très rapidement dans de telles conditions, avec des effets en cascade souvent durables et profonds.
 
De fait, lorsque le taux de change du yuan évolue contre dollar, les rapports de compétitivité de l’ensemble des pays d’Asie en sont affectés, une dépréciation du yuan vis-à-vis du dollar ayant pour conséquence immédiate sa dépréciation à l’égard de la plupart de ses partenaires régionaux, d’autant plus systématique lorsque leur devise est fixe contre le dollar. Ces imbrications ont deux conséquences immédiatement dommageables, quasiment simultanées : un choc de compétitivité aux effets dépressifs pour les partenaires commerciaux de la Chine, d’une part ; une contagion du choc de changes avec des ajustements en chaîne des devises, sur fond, le plus souvent, d’instabilité généralisée des politiques monétaires, de l’autre.


 
On comprend sans difficulté avec quelle rapidité la trainée de poudre d’une dépréciation du yuan peut se répandre au niveau régional et faire très rapidement boule de neige au-delà des frontières régionales.

En zone euro, la BCE attribue un poids de 23,39 % au renminbi dans le calcul du taux de change effectif nominal de référence de l’euro face à un panier de 18 devises, contre un poids de 9,39 % au début des années deux mille. Le yuan occupe ainsi la première place devant le dollar (16,97 %) ou la livre (12,99 %) dans la détermination du taux de change effectif (pondéré par le poids des échanges manufacturés). La sensibilité du taux de change de l’euro aux fluctuations du yuan est donc très significative et doit être considérée comme….
 
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(Mis en ligne le 22 Juillet 2018)
 

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